Afpa: inquiétudes sur un projet de filiale de formation de chômeurs

Paris, 6 déc 2016 – Les syndicats de l’Association nationale pour la formation professionnelle des adultes (Afpa) ont exprimé mardi leur inquiétude à propos d’un projet de filiale dédiée à la formation des demandeurs d’emploi, et menacé d’une grève début 2017.

Un conseil d’administration se tiendra mercredi pour approuver les statuts de cette filiale, a précisé à l’AFP Christophe Donon, directeur général par intérim de l’Afpa, qui doit devenir un Établissement public industriel et commercial (Epic) à partir du 1er janvier 2017.

« Cette filiale ne va pas fragiliser l’Afpa mais au contraire la consolider« , a-t-il ajouté.

L’ordonnance actant le lancement de l’Epic, publiée en novembre, prévoit la création de cette deuxième filiale, en plus de celle uniquement dévolue à la formation de salariés.

La CGT, CFDT, FO, SUD et CFTC affirment mardi dans un communiqué avoir été « mises devant le fait accompli« .

Pour Christian Filliot (CGT), cette filiale signifie que « la formation des demandeurs d’emploi n’est pas considérée comme une mission de service public. Cela ouvre la voie à la marchandisation de la formation professionnelle« . « Cela va casser l’Afpa en trois parties (les deux filiales et la structure chapeautant ces filiales, NDLR) et la fragiliser encore plus« , a de son côté souligné Nathalie Tondolo (FO).

Des assemblées générales vont se tenir « d’ici la fin de l’année » dans tous les centres de l’Afpa pour discuter de cette création mais aussi des conditions de travail « qui se sont très fortement dégradées« , a souligné Bruno Peraire (CFDT).

Ces AG permettront de se prononcer sur une grève, « en début d’année prochaine si l’État ne fait rien« , a-t-il ajouté.

Le changement de statut de l’Afpa, décidé en 2015, vise à assurer la pérennité du leader de la formation professionnelle, créé en 1949. Il avait frôlé la cessation de paiement en 2012, touché de plein fouet par l’ouverture du marché à la concurrence en 2009.

Les élus du comité central d’entreprise (CCE) de l’Afpa s’étaient prononcés fin octobre contre cette transformation, émettant des craintes sur les effectifs.

Source : http://lentreprise.lexpress.fr/actualites/1/actualites/afpa-inquietudes-sur-un-projet-de-filiale-de-formation-de-chomeurs_1857738.html

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Le gouvernement va dédier 200 millions en 2017 au plan 500000 formations pour les chômeurs

Marc Landré, Publié le 03/11/2016 à 06:00

Myriam El Khomri, la ministre du Travail, de l'Emploi, du Dialogue social et aussi de la Formation professionnelle, ce mercredi après-midi à l'Assemblée lors de la séance de questions au gouvernement (REUTERS/Jacky Naegelen). Crédits photo : JACKY NAEGELEN/REUTERS

Myriam El Khomri, la ministre du Travail, de l’Emploi, du Dialogue social et aussi de la Formation professionnelle, ce mercredi après-midi à l’Assemblée lors de la séance de questions au gouvernement (REUTERS/Jacky Naegelen). Crédits photo : JACKY NAEGELEN/REUTERS

La publication du jaune budgétaire sur la formation professionnelle en annexe au projet de budget 2017 permet de faire le point sur ce secteur mal connu et objet de tous les phantasmes de la part des politiques.

Avec «le plan 500.000», la formation des chômeurs est, on le sait, l’une des priorités du gouvernement pour laquelle Myriam El Khomri entend dédier quelque 200 millions d’euros en 2017. Une thématique très politique au sujet de laquelle peu de gens comprennent quelque chose. Voici donc, en résumé, les principaux chiffres clés pour y voir plus clair sur le marché de la formation professionnelle qui concerne, au final, bien plus les salariés en exercice que les chômeurs.

» 31,59 milliards d’euros: C’est le total des fonds dédiés en 2014 à la formation professionnelle en France, selon un rapport gouvernemental annexé au projet de budget pour 2017. Une somme en hausse de 0,8% sur un an et représente donc désormais 1,48% du PIB, une part stable par rapport à 2013 mais en nette baisse par rapport à 2009 où elle était alors de 1,60%.

» +4,3%: C’est le niveau de la hausse enregistrée en 2014 des dépenses en faveur des personnes en recherche d’emploi, à 4,78 milliards d’euros, année qui a notamment été marquée par le lancement d’un plan de 100.000 formations supplémentaires à destination des chômeurs, l’ancêtre du «plan 500.000» déployé pour sa part en 2016. Mais les demandeurs d’emploi ne bénéficient, malgré cette progression, que de 15,1% des dépenses de formation, loin derrière les actifs occupés du secteur privé (42,9%), les jeunes, au travers de dispositifs ciblés (23,7%), et les agents publics (17,3%).

» 14,30 milliards d’euros: Les entreprises restent, de loin, le premier financeur de la formation professionnelle en France, avec une dépense à destination de leurs salariés qui représente 45,3% du total. Elles se situent loin devant l’État et les régions, dont la part a baissé en 2014 avec une dépense totale de 8,24 milliards (-1,7% pour l’État et -3,9% pour les Régions) pour les publics prioritaires et les chômeurs. Quant aux fonctions publiques, elles ont accordé une enveloppe de 5,48 milliards pour la formation de leurs propres agents (-1,8%). Les ménages, eux, dépensent 1,37 milliard pour leur propre formation et l’Unedic, le gestionnaire du régime d’assurance-chômage, allié à Pôle emploi, déploient une enveloppe qui s’est montée à 1,85 milliard en 2014.

» 3,5 millions: C’est le nombre de comptes personnel de formation (CPF) ouverts au 16 octobre 2016 et quelque 576.910 formations, au titre du CPF, ont fait l’objet d’un financement validé. La durée moyenne des formations suivie est 376 heures (477h pour les demandeurs d’emploi et 1387h pour les salariés).

» 4,093 milliards d’euros: ce sont les crédits budgétaires dédiés à la formation professionnelle au sein de la mission «Travail et Emploi» du projet de budget 2017. Il affiche une hausse de 410,8 millions sur un an. Un peu plus de 3,5 milliards (3538,03 millions exactement) seront dédiés aux actions spécifiques en faveur des jeunes, soit à 87% des dépenses en faveur de l’apprentissage (exonération de charges et part fixe de la ressource régionale pour l’apprentissage). Les actions destinées à l’ensemble des autres publics se monteront, elles, à un peu plus de 555 millions d’euros, dont 200 pour le seul financement étatique du «plan 500.000», 136,7 pour l’accompagnement des entreprises (essentiellement le financement de contrat de sécurisation des parcours professionnels), 110 pour la subvention annuelle (en hausse de 15 millions sur un an) de l’Afpa

Source : http://www.lefigaro.fr/conjoncture/2016/11/03/20002-20161103ARTFIG00005-le-gouvernement-va-dedier-200-millions-en-2017-au-plan-500000-formations-pour-les-chomeurs.php

Les budgets formation des salariés du privé : les comptes (CPF, CPA, CEC…) sont nombreux, mais ils sont vides

Didier Cozin / Ingénieur de formation professionnelle Le 30/10 à 10:50

C’est un chiffre fantaisiste (qui aura contribué à naufrager la formation professionnelle depuis 2014) et qui est encore repris en boucle par les médias et le personnel politique : 32 milliards d’euros (parfois 35) seraient gâchés tous les ans en formation et n’iraient pas à ceux qui en ont besoin.

Les entreprises françaises dépensent deux fois plus pour les chèques cadeaux ou les pères Noël d’entreprise (15 milliards via les CE) que pour la formation de 16 millions de salariés du privé (soit 6 milliards)

Un rapport de l’Assemblée nationale datant de mars 2016 avait pourtant levé un coin de voile sur cet argent supposé inonder la formation dans les entreprises depuis 1971 : au final, le budget formation des 3,3 millions d’entreprises, pour 15 millions de salariés du privé n’était en rien ce qui était communiqué : « Le montant des sommes investies par les entreprises dans la pure formation professionnelle représente environ 6 milliards d’euros ».

L’éducation nationale quant à elle dépense tous les ans plus de 100 milliards (Universités comprises) pour autant d’apprenants : 15 millions d’élèves et d’étudiants (un lycéen professionnel coute 12 000 euros par an)

En moyenne 400 euros par an et par travailleur, une mutualisation inefficace et une complexité inouïe (700 branches en France)

Contrairement à ce qu’ont prétendu les pouvoirs publics pour réformer la formation, ses capacités financières en entreprises ne dépendent pas fondamentalement de la taille de l’organisation (dans la grande distribution par exemple on ne forme en moyenne que 3 à 5 heures par an chaque salarié) ou de la qualification des travailleurs (qui trusteraient les budgets en pénalisant les travailleurs les moins qualifiés), mais d’abord de la réalité ou de l’absence de politique formation (selon l’Insee et la DARES 10,5 % des entreprises en France ont une véritable politique de développement des compétences)

Pourquoi ces faibles montants en formation (faibles, mais répartis sur 10 ou 15 % des travailleurs) sont-ils notoirement insuffisants par rapport au 1 % formation institué en 1971 par Jacques Delors ? (la réforme de 2014 ayant fait l’erreur de revenir à ce 1 % contre 1,6 % depuis 2004)

Après 40 années de désindustrialisation, de déclassement de l’école et de changements profonds dans le travail la formation ne peut plus reposer sur ses anciens piliers

– Une école qui préparerait la jeunesse à son travail d’exécutant (à partir de l’âge de 16 ans) ou d’encadrant (via la fac)

– Un travail qui évoluerait peu et très progressivement (la reconstruction d’après-guerre s’étalant durant les 30 années glorieuses d’expansion)

– Une très grande fidélité et stabilité professionnelle qui impliquerait que la plupart des salariés mèneraient leur carrière entière chez un même employeur.

– Une grande stabilité de l’activité, des lieux de productions, une concurrence faible entre des acteurs économiques assurés de leurs positions nationales.

Cette formation professionnelle du passé remplissait trois fonctions principales

– Former les (quelques) incompétents qu’on ne pouvait ou voulait licencier.

– Récompenser les cadres ou managers les plus méritants en leur faisant partager des valeurs et les bons résultats de l’entreprise.

– Reconvertir une minorité de travailleurs devant changer d’activité (1 Congé Individuel de Formation pour 500 salariés en moyenne chaque année depuis les années 80).

Aujourd’hui, les conditions, les moyens et les besoins de la formation et de l’éducation sont bouleversés dans le monde (et changent le monde)

Les économies sont désormais reliées, mondialisées et globalisées et pour espérer être (et rester) compétitif il faut a minima :

– Parler anglais.

– Se former tout au long de la vie.

– Prendre de ses loisirs (après le travail) pour apprendre.

– Accepter de dépenser plus et mieux pour apprendre.

– Avoir confiance dans son système éducatif, social et professionnel.

– Être ouvert au changement, entreprenant…

En France, il faut 10 fois plus d’argent pour former tous les travailleurs tout au long de leur vie

Trois chiffres pour donner les ordres de grandeur en France :

– La masse salariale du secteur privé représente 530 milliards d’euros environ (source Acoss Stat)

– Les entreprises, toutes tailles confondues, dépensent en moyenne 3 % de cette même masse salariale pour la formation (contre 14 % pour les congés payés)

– 3 % de 500 milliards représentent donc 15 milliards (mais seuls 6 milliards sont dévolus aux dépenses pédagogiques)

Les entreprises en France ne disposent donc globalement que de 6 milliards par an pour les dépenses pédagogiques (rémunération du formateur et de l’organisme de formation)

6 milliards pour 15 millions de salariés représentent 400 euros par an et par personne (soit au mieux une dizaine d’heures de formation par an)

Ces 6 milliards ne reviennent quasiment pas aux travailleurs les plus précaires ou les moins qualifiés

– Les temps partiels (subis ou non) ne cotisent qu’au prorata de la durée de leur travail

– Les travailleurs précaires, intérimaires ou saisonniers sont oubliés (on ne décompte les heures de CPF qu’au prorata des heures de travail annuelles)

– Les travailleurs non salariés (Uber, auto-entrepreneurs, libéraux, artisans, indépendants…) sont quasi oubliés par le système

L’argent n’est pas la seule donnée manquante en formation

Il faut pour se former avec profit quand on est adulte :

– Du temps pour se former : les opérationnels font évidemment le travail sur le terrain (le ménage, la sécurité, la construction, la vente ou la production) et les former implique nécessairement de les retirer pour un temps plus ou moins long de la production.

– L’envie de se former : quand on a été stigmatisé par le système d’éducation initiale, quand on a regardé passer le train de la formation pendant 20 années on ne se croit plus guère capable d’apprendre ou de prendre le risque d’afficher qu’on ne sait pas.

– La capacité de former : si l’organisation n’est pas bienveillante face aux apprentissages, si elle n’accompagne pas ses salariés, si elle n’est pas capable de valoriser les compétences et connaissances nouvelles la formation n’aura pas d’intérêt.

Depuis 2013, en matière de formation, les partenaires sociaux et les pouvoirs publics ont fait le plus facile : réformer superficiellement sans remettre à plat tout le système éducatif

– Interroger la place du paritarisme et des corps intermédiaires dans la formation (ceux qui échouent à développer la formation depuis 40 années doivent-ils encore rédiger les textes des prochaines réformes ?)

– Refonder la place et les missions de l’école dans une société où la culture et la connaissance sont devenues les moteurs de l’activité.

– Alerter tous les acteurs sociaux (entreprises certes, mais aussi travailleurs eux-mêmes) sur la nécessité de participer financièrement à leur formation tout en consacrant un temps croissant à apprendre (pris sur le temps libre principalement)

La formation c’est l’anticipation, pas la procrastination

La formation et l’éducation riment depuis des lustres en France avec naufrage, procrastination et dissimulation, il est sans doute temps que les choses changent.

En savoir plus sur http://www.lesechos.fr/idees-debats/cercle/cercle-162072-les-budgets-formation-des-salaries-du-prive-les-comptes-cpf-cpa-cec-sont-nombreux-mais-ils-sont-vides-2038916.php?KG0b6BgId7ibpwLl.99

La lutte contre l’illettrisme, au-delà des poncifs et des atermoiements

Didier Cozin, SARL AFTLV

La lutte contre l’illettrisme est évidemment un dossier important en France et un objectif louable des pouvoirs publics et des partenaires sociaux mais elle se heurte invariablement au conformisme et aux blocages du monde du travail.

Les obstacles qui empêchent de réduire l’illettrisme au travail sont nombreux, divers et souvent très anciens :

  • absence de culture de formation dans beaucoup d’entreprises (à l’instar d’une société française où l’on préfère soigner que prévenir ;
  • impossibilité de trouver du temps et des financements pour former efficacement et durablement les travailleurs en difficulté ;
  • désorganisation et extrême complexité des dispositifs et règlementations mis en œuvre (notamment depuis la réforme de 2014) par les partenaires sociaux et les pouvoirs publics.

Les salariés illettrés constituent désormais à la fois un stock (de travailleurs disqualifiés ou risquant d’être inemployables ) et un flux (de jeunes NEET sortant de l’école sans rien mais aussi de travailleurs pauvres venant de l’étranger).

L’école a une immense responsabilité dans la situation actuelle.

  • Elle « produit » massivement de l’échec scolaire (tout en influant sur le devenir éducatif des gens) : tous les ans, de 150 000 à 400 000 (selon les indicateurs) jeunes NEET quittent le système scolaire sans éducation, sans emploi et sans formation ;
  • Elle détourne (et parfois dégoûte) un très grand nombre de travailleurs d’apprendre tout au long de leur vie (« je n’en suis pas capable et ça ne marche pas avec moi ») ;
  • Elle irradie tout le secteur de la formation professionnelle avec ses pratiques  pédagogiques hors d’âge (un maître, un programme et beaucoup de théorie).

L’illettrisme ne représente qu’une partie des problèmes des faibles compétences des travailleurs, il est lié aussi à l’innumérisme et à la fracture numérique.

Au-delà de la seule pratique du français écrit et oral, le faible niveau de compétences de nombreux travailleurs entraîne une absence de pratique du calcul (innumérisme) et de l’informatique/internet (la fracture numérique qui perdure malgré l’équipement en machines et internet des foyers et des entreprises).

Prétendue aisance des budgets de formation des « grandes » entreprises

L’un des mythes sur lesquels les pouvoirs publics se sont appuyés pour imposer la catastrophique réforme de la formation de 2014 est celui de grandes entreprises  disposant de confortables budgets de formation et capables de comprendre l’intérêt de former malgré l’abandon de la cotisation obligatoire du plan de formation (0,9 % pour les entreprises de plus de 20 salariés).

Supprimer brutalement la cotisation obligatoire sans savoir comment celle-ci était vécue et organisée explique en grande partie le marasme actuel de la formation, marasme que chacun peut constater dès qu’il tente de se former.

En France, la formation reste une dépense mais très rarement un investissement.

En faisant disparaître la cotisation obligatoire de 0,9 % dans les entreprises, le raisonnement des pouvoirs publics était simple mais complètement biaisé :

– les gros (employeurs) accaparent les budgets de formation ;

– les « gros » auront toujours les moyens de leur politique formation ;

– les TPE/PME manquent de budgets pour former leurs salariés mais la mutualisation les y aidera ;

– le chômage pourra être vaincu si les chômeurs sont formés massivement (via ce mythe adéquationniste qui explique qu’emploi et activité naîtront nécessairement de la formation de qualité).

Comme toute la formation depuis 2015, la lutte contre l’illettrisme souffre d’une réforme de la formation inconséquente et bâclée.

Déstabiliser les services de formations des « grandes entreprises » en leur retirant tout moyen de former (plus d’obligation de payer donc plus de budget dans beaucoup d’entreprise) dégrade notre compétitivité et notre économie (qui devrait être celle de la connaissance).

Dans un pays où le niveau des charges et des contraintes sociales est parmi les plus élevés au monde (hormis  des pays scandinaves où la flexisécurité n’est pas un vain mot) les directions des entreprises estiment que le social ne relève pas de leurs attributions (sauf obligations assorties de sanctions).

Les entreprises et les pouvoirs publics se renvoient donc invariablement la balle dans le domaine de l’illettrisme, du socle des compétences ou des reconversions des travailleurs disqualifiés par le progrès technique.

Les « grandes » entreprises forment rarement tous leurs salariés.

Les entreprises qui ne forment pas (ou très insuffisamment) leurs salariés constituent la majorité des entreprise en France (90 % selon une étude conjointe DARES-INSEE de 2010) et contrairement à ce qui sous-tendait la loi (mieux répartir la formation entre les entreprises) les grandes entreprises ne sont pas obligatoirement les mieux équipées et dotées pour former les salariés.

Des centaines de grandes entreprises n’ont pas de moyens (financiers, humains et organisationnels) pour former leurs milliers de salariés.

L’externalisation a largement reporté les problèmes sociaux sur des sociétés sous-traitantes dépourvues de moyens, ballotés d’un contrat à l’autre alors que le moins coûtant permet d’emporter les marchés.

Les entreprises sous-traitantes emploient massivement des travailleurs non qualifiés sans disposer de moyens pour les former.

Ces entreprises comptent parfois plusieurs dizaines de milliers de salariés (70 000 personnes pour la plus grande que nous connaissons). Elles emploient des travailleurs pauvres (et souvent étrangers), très peu encadrés (un responsable pour 100 salariés en moyenne), avec une grande diversité de contrats et de situations sociales (contrats multi-employeurs, contrats aidés, à temps très partiels, travail isolé chez le client…).

Dans ces entreprises, 80 % des travailleurs ne sont pas qualifiés et ne le seront jamais si l’on ne change pas de modèles en formation.

De nombreuses entreprises traditionnelles de main d’œuvre ont aussi de vraies soucis avec la formation (usines en difficulté, commerces de détail en déclin etc.).

Dans ces entreprises, la formation (hormis les formations obligatoires) est globalement oubliée. On forme sur de l’obligatoire en dépensant 90 % des (maigres) budgets de formation et il ne reste ensuite plus que des « miettes » pour de minimalistes programmes de formation.

Trois illustrations : une usine disparue en 2009 et 2 groupes (l’un dans  le commerce l’autre dans la grande distribution).

Les anciens services de formation de l’usine Continental de Clairoix (usine fermée en 2009) disposaient d’environ 100 euros par an et par personne pour former chacun des 1 200 ouvriers qui y travaillaient.

Avec cette somme (rappelons qu’un lycéen en établissement professionnel coûte 11 000 euros par an), il était évidemment impossible de développer d’autres sessions que quelques formations obligatoires (sécurité, permis et habilitations).

Aujourd’hui, les 1 200 ouvriers de Continental ont perdu leur travail et sans doute bien peu en ont retrouvé du fait de leur très faible niveau d’éducation.

Autres exemples : l’un des « grands » du commerce en France (plus de 10 000 salariés) forme aujourd’hui en moyenne ses salariés 3 heures par an.

Un autre groupe de la grande distribution parvient, lui, péniblement à former ses 50 000 salariés 5 heures par an en moyenne.

Les exemples sont innombrables, au point que l’on peut estimer qu’hormis quelques rares entreprises dans les hautes technologies (comme par exemple Airbus, Aérospatial ou Orange), les entreprises de transports ou d’énergie (pour des raisons historiques) et en dehors de la banque-assurance, les grandes entreprises du secteur concurrentiel forment peu, mal et uniquement une minorité de leurs salariés (les plus compétents en général car le retour sur investissement est le meilleur à court terme).

Autre mythe : 32 milliards d’euros gaspillés en formation

Pendant des années, les pouvoirs publics et les médias (qui y trouvent largement leurs sources) ont martelé que 32 milliards d’euros étaient (mal) utilisés en formation professionnelle continue. Le chiffre était totalement faux, comme l’a récemment avoué le rapport sur l’application de la loi du 5 mars 2014.

Le véritable montant officiel est désormais de 6 milliards d’euros par an pour 15 millions de salariés du privé (comprenant les frais annexes et les rémunérations).

Dans la société de la connaissance et de l’information, les besoins en formation sont permanents, considérables et croissants alors que les services de formation sont de plus en plus démunis.

  • Le travail et l’activité priment toujours sur la formation (on cherche à survivre avant d’assurer une formation considérée comme un luxe pour périodes d’expansion économique).
  • Le personnel opérationnel (ouvriers, serveurs, vendeurs, laveurs de carreaux etc.) est sur le terrain, produisant le travail (vendre au client, produire le service ou les biens) et l’envoyer en formation sur le temps de travail revient à le retirer de la production.
  • Le manque de temps disponible (si l’on forme sur le temps de travail) ne permet donc au mieux que d’organiser quelques rares formations vitrines pour une infime fraction des salariés ayant besoin d’améliorer leurs compétences.
  • La réduction du temps de travail des années 2000 n’a absolument pas servi à développer la formation en entreprise mais a été confondue avec du temps supplémentaire pour les loisirs aussi bien par les salariés que par leurs représentants syndicaux.
  • La complexité accrue de l’usine à gaz formation éloigne les moins qualifiés de la formation (le prétendu choc de simplification s’est concrètement mué en  explosion de la complexité depuis la réforme de 2014).

Le compte personnel de formation misait sur une responsabilisation des individus mais sa complexité, sa lourdeur et ses coûts prohibitifs (doublés d’une absence de financement) ne lui permettront jamais de dépasser les 1 ou 2 % de salariés annuellement en formation.

Contrairement au vœu des partenaires sociaux, un salarié seul ne peut pas se former en France (via les dispositifs de formation professionnelle continue) et la plupart des employeurs ont été déresponsabilisés depuis la réforme de 2014 sur le développement des compétences.

Le COPANEF a échoué sur l’une des rares avancées de la loi : le socle des compétences.

Le très brouillon (mais paritaire) COPANEF a, lui, réussi en quelques mois à torpiller le socle des compétences à force de barrières dressées, de précautions superflues (estimant sans doute que des salariés abuseraient des formations) et de processus de formation/évaluation impossibles à suivre pour les salariés en emploi.

Le socle des compétences ne produira lui non plus aucun effet sur la qualification des travailleurs en poste actuellement (et au vu des prestataires publics pré-sélectionnés, on peut douter que pour les chômeurs, les résultats soient très qualitatifs).

La fracture entre le monde du travail et le monde de l’éducation explique en grande partie nos retards éducatifs.

L’un des problèmes éducatifs majeurs de notre pays vient de la véritable fracture qui s’est installée, depuis l’après-1968, entre le monde de l’éducation et celui des entreprises.

Les entreprises ne sont pas des lieux d’aliénations, de relégation ou d’exploitation et tant que l’école et l’entreprise s’affronteront sur ces sujets idéologiques, des centaines de milliers de jeunes ne trouveront plus de place au travail, ayant retenu de l’école qu’ennui, rigidité et inaccessibilité des savoirs.

Si notre pays veut réellement lutter contre les mauvaises formations et l’illettrisme, il devra commencer par réformer totalement son école et la rapprocher des entreprises.

En second lieu, pour former, il va falloir trouver du temps et de l’argent.

Temps et argent pour lutter contre les mauvaises formations

Le temps pourra être celui « libéré » par les 35 heures (qui n’ont pas été inventées pour les seuls loisirs des salariés).

L’argent peut venir de plusieurs sources :

  • les entreprises qui doivent être incitées fiscalement à former leurs travailleurs les moins qualifiés ;
  • les partenaires sociaux qui peuvent, via les comités d’entreprises, œuvrer pour la formation et l’éducation des moins qualifiés (en cofinançant et en accompagnant) ;
  • les travailleurs eux-mêmes doivent contribuer à payer pour leur formation via une nouvelle cotisation (qui rendrait la formation bien plus précieuse et concrête pour les moins qualifiés).

Comme le dit Idriss Aberkan dans l’une de ses conférences : « le savoir précède l’afflux de profits ». Donc, si la connaissance est devenue le pétrole du XXIème siècle, la France doit enfin pouvoir éclairer tous ses travailleurs.

Source : http://www.miroirsocial.com/actualite/13729/la-lutte-contre-l-illettrisme-au-dela-des-poncifs-et-des-atermoiements

De nombreux salariés n’ont plus les compétences de base et la loi Travail n’y changera rien

Didier Cozin / Ingénieur de formation professionnelle Le 24/07 à 09:02

Si comme l’attestent la plupart des études internationales (depuis PISA pour les enfants jusqu’à PIAAC pour les adultes) les travailleurs français n’ont globalement plus de compétences générales suffisantes en sciences, en anglais, dans le numérique pour se développer dans l’économie de la connaissance il faut agir avec d’autres outils que les réformes et discussions convenues entre partenaires sociaux.

La réforme de la formation de 2014 : l’exemple même de ce qu’il ne fallait pas faire

L’État avec les partenaires sociaux a prétendu réformer la formation en 2014 (pour les 40 prochaines années, dixit le ministre du Travail de l’époque) et n’aura réussi qu’à réduire encore l’effort formation de notre pays.

Les conséquences délétères de la réforme de 2014

1) Elle oppose et clive

– Les organismes de formation privés et publics, entretenant la défiance entre tous les acteurs de la formation (la libre concurrence et la formation privée considérée comme un vol d’argent public)

– La formation des chômeurs et celle des salariés. Les salariés (du privé évidemment) seraient des accapareurs qui empêcheraient les chômeurs de retrouver un travail (alors que dans nombre d’entreprises les budgets formation plafonnaient entre 50 et 100 euros par an et par personne)

2) Elle réduit la formation à de vains systèmes de comptage

L’État ne sait plus rien faire que créer des compteurs sociaux : Compte Personnel de Formation (CPF), Compte Personnel d’Activité (CPA), Compte Pénibilité, Compte d’Engagement Civique (CEC), Compte Epargne Temps (CET)… La coupe est pleine de ces comptes vides de sens, vides d’argent, vides de sincérité.

3) Elle a diminué d’au moins 30 % l’effort financier des entreprises pour la formation de leurs salariés

En baissant la cotisation obligatoire de 1,6 % à 1% pour les entreprises privées et en misant sur une introuvable responsabilisation du monde du travail on a réduit mathématiquement l’effort formation de la plupart des entreprises de France (effort tendant vers zéro dans les TPE et réduit de 20 à 60 % dans les « grandes » entreprises).

Tout l’effort formation du pays est donc orienté vers des compteurs formation incapables (trop complexes et lourds) et dotés de 40 euros par an et par personne (1 heure de financée pour 24 heures de créditées).

4) Elle a considérablement augmenté la complexité d’un système déjà critiqué comme une usine à gaz

– En prétendant publier des listes interminables (17 000 formations à ce jour) de formations supposées qualifiantes (des diplômes en fait dont le monde du travail n’a en général que faire)

– En rendant le départ en formation déconnecté du travail et de l’entreprise (une certification obtenue sans l’employeur ne sert à rien professionnellement)

– En confondant les formations courtes de remises à niveau (de 20 à 30 heures, celles les plus utiles aujourd’hui aux salariés) avec des reconversions longues qui ne devraient être mises en oeuvre avec dans d’autres dispositifs (les CIF notamment)

La réforme de la formation cueille à froid un pays dont l’école s’efface progressivement (au profit d’une animation sociale), d’un apprentissage dont les entreprises ont été écartées (les lycées professionnels devraient dépendre des entreprises, plus de l’Éducation nationale) et d’une formation sans argent ni capacité de former plus de 10 % des actifs en France.

La formation n’est pas de l’occupation

Tout à leur souci de rétablir le traitement social du chômage les pouvoirs publics ont voulu faire de la formation un parking pour chômeurs et une plateforme de financement pour les organismes publics de formation (les facs, l’AFPA…). Ce n’est évidemment pas de cela dont les travailleurs de notre pays ont besoin pour préparer l’avenir.

@Idedif
Source : http://www.lesechos.fr/idees-debats/cercle/cercle-159162-de-nombreux-salaries-nont-plus-les-competences-de-base-et-la-loi-travail-ny-changera-rien-2016425.php#

Enquête « Formations et itinéraires des salariés (DEFIS)»

Appel à projets du Centre d’études et de recherches sur les qualifications (Céreq)

Calls for projects at the Centre d’études et de recherches sur les qualifications (Céreq)

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Publié le mardi 05 juillet 2016 par Céline Guilleux

Le Centre d’études et de recherches sur les qualification (Céreq) lance un appel à projet pour l’exploitation du dispositif d’enquêtes sur les formations et itinéraires des salariés (DEFIS). Il vise à susciter des projets de recherche sur un vaste ensemble de thématiques autour de la formation et des parcours professionnels des salariés, reposant sur l’exploitation de DEFIS. Les données des premières interrogations de ce dispositif d’enquêtes couplées employeurs-salariés, associées au suivi longitudinal des salariés, ont été collectées en 2015 auprès de 4500 entreprises et 16000 salariés.

Source : http://calenda.org/372499

Le Code du travail n’aime décidément pas la formation

Didier Cozin / Ingénieur de formation professionnelle

Si l’intention des pouvoirs publics avec la nouvelle loi Travail était louable (simplifier pour libérer le travail) les résultats de la copie adoptée aujourd’hui à l’Assemblée nationale ne sont une fois de plus pas à la hauteur des besoins en matière de financement et de simplification de la formation professionnelle.

Un Code du travail incapable de constance et de lisibilité

Remarquons d’abord que le Code du travail n’en finit pas d’être réécrit : une première fois en 2008 (réécriture plus lourde et complexe que la version précédente) et que cette « loi Travail » se présente encore comme une version provisoire d’un futur Code « redondé avant le 1er septembre 2019 »).

Plutôt que d’admettre la nécessité de simplifier réellement en 10 ou 20 pages (comme en Suisse) avec quelques principes généraux on tente (en vain) d’atteindre un introuvable point d’équilibre entre les nostalgiques de la sociale, les contraintes d’une économie ouverte et les évolutions du travail entre uberisation et numérisation.

En matière de formation que propose la nouvelle loi ?

Le Compte Personnel de Formation (CPF) créé en 2014, doté de 24 h de formation annuelle n’est toujours pas financé.

Avec 5 % des sommes nécessaires à sa généralisation (1 seule heure de financée pour 24 h inscrites chaque année) le CPF installe une inégalité flagrante entre les salariés des petites structures incapables de s’y retrouver dans le capharnaüm des listes éligibles et des financements à géométrie variable et les salariés des grandes structures qui peuvent via leur service formation externaliser et optimiser leurs budgets formation.

Le CPF et sa micro-cotisation de 0,2 % de la masse salariale pour former moins de 1 % des salariés

Le CPF persiste et signe avec sa micro-cotisation de 0,2 % pour les seules entreprises de plus de 10 salariés.

Rien ne change donc en matière de financement du CPF et de la formation… mais les pouvoirs publics profitent de la loi Travail pour charger encore un peu plus cette barque (au-delà de cette annonce consternante de faire financer les permis de conduire sur les fonds de la formation professionnelle).

2- Malgré son impécuniosité, le CPF s’adressera aussi aux travailleurs indépendants

Section 4 :  » Mise en oeuvre du compte personnel de formation pour les travailleurs indépendants, les membres des professions libérales et les professions non salariées, et leurs conjoints collaborateurs ».

Le lecteur naïf pourrait se dire : formidable, les travailleurs indépendants pourront enfin avoir accès à des formations… mais un peu plus loin il va déchanter : « L’alimentation du compte est conditionnée à l’acquittement effectif de la contribution mentionnée au premier, deuxième et troisième alinéa de l’article L.6331-48 du présent code… Lorsque le travailleur n’a pas versé cette cotisation au titre d’une année entière, le nombre d’heures mentionné au premier alinéa est diminué au prorata de la contribution versée ».

Une inéquité fondamentale est donc installée en matière de Droit à la formation des travailleurs

– 80 % des travailleurs salariés « bénéficient » de 24 h de CPF (non financées certes) sans paiement d’aucune cotisation de la part de leur employeur (exempté de la cotisation de 0,2 % jusqu’à 10 salariés)

– Les millions de travailleurs indépendants ne sont pas logés du tout à la même enseigne :

– Soit ils paieront plein pot pour un éventuel droit à la formation (l’année suivante)

– Soit ils n’auront droit à rien (pas de cotisation =pas d’heures créditées).

On mesure là l’intervention généreuse des pouvoirs publics envers ces travailleurs indépendants dont on peut estimer que dans quelques années ils représenteront la majorité des travailleurs des pays développés.

Le CPF ne servira donc à rien pour les indépendants

Le CPF est un pseudo cadeau social pour les indépendants (pas avant 2019, car les cotisations démarreront en 2018) et à des conditions qui font que personne n’y aura recours !

Avec un peu de créativité et d’audace, la loi Travail aurait pu pourtant rétablir le CPF

1- Faire financer par exemple la formation des salariés par les fonds des comités d’entreprise (qui doivent oeuvrer pour la culture… et pourquoi pas pour la formation des travailleurs).

Aujourd’hui, le financement d’arbres de Noël de fin d’année ou de chèques cadeau est devenu une incongruité, les CE gèrent en France près de 15 milliards d’euros (parfois, plus de fonds sont dévolus au CE qu’à la formation des salariés) et cet argent serait bien plus utile pour développer les compétences des salariés (rappelons que la Cour des comptes estimait en 2008 qu’une formation de 20 h -le DIF- appliquée à tous les salariés couterait 12 milliards par an soit moins que le budget total des CE en France)

2- Utiliser les fonds de la formation des fonctionnaires (très mal utilisés encore selon la Cour des Comptes) pour former aussi les travailleurs indépendants (ceux-ci permettent à l’économie de fonctionner et aux fonctionnaires d’être payés grâce aux richesses qu’ils produisent).

Le CPF, une promesse « Wonderbox » en formation

Ce qui fait la force des Wonderbox (ou autres Smartbox) c’est le fait que près de la moitié d’entre elles ne sont jamais utilisées (la promesse d’un Week-end dans un hôtel de luxe suffit souvent à faire plaisir à son détenteur !).

Le CPF fonctionne sur le même principe : doter chaque salarié d’un droit virtuel à un service (24 heures de formation) sans que celui-ci n’ait l’envie ni la capacité de l’utiliser (trop complexe et sans financement).

Plus que jamais la formation en France est un rêve inaccessible, les promesses irréelles d’un pays qui refuse de changer de logiciel social (les mises à jour ne suffisent pas quand on change de système !).

@Idedif
Source : http://www.lesechos.fr/idees-debats/cercle/cercle-158725-le-code-du-travail-naime-decidement-pas-la-formation-2012906.php#