Formation d’urgence de 500.000 chômeurs : la fausse bonne idée de François Hollande qui coûtera beaucoup d’argent pour peu d’effets


Alors que le Président de la République l’avait annoncé lors de ses vœux du 31 décembre, Manuel Valls a commencé les consultations au sujet du plan massif de formation des chômeurs lundi 11 janvier. Difficile cependant d’offrir un moyen d’accéder à l’emploi à autant de monde et en si peu de temps… Et avec des moyens qui auraient mérité d’être rénovés.

Atlantico : François Hollande a annoncé fin décembre le lancement d’un plan massif de formation de 500 000 chômeurs. La mise en place d’un tel dispositif à court terme vous semble-t-il réaliste ?

Yannick L’Horty : L’annonce porte sur 350 000 formations nouvelles qui vont s’ajouter à 150 000 formations déjà annoncées en octobre. Il s’agit bien d’un plan de grande ampleur dont l’originalité est d’ajouter une composante métier d’avenir dans l’orientation de l’offre de formation, tout en prenant en compte les contextes locaux. Mais il n’est jamais facile d’être rapide lorsque l’on est massif et ce plan va évidemment poser des difficultés de mise en œuvre. L’une de ces difficultés est qu’en matière de formation des demandeurs d’emploi, il faut fournir des prestations adaptées aux besoins des personnes, qui sont très différents d’un demandeur à l’autre.

Idéalement, il faudrait proposer des solutions fortement individualisée et territorialisée, et c’est difficilement compatible avec une action massive et rapide.

Jérôme de Rocquigny : cela dépend de l’objectif final réellement visé, si c’est de trouver un moyen de sortir avant la fin de l’année un maximum de chômeurs des statistiques, oui il y a matière à espérer que 500 000  chômeurs soit sorti des listes des demandeurs d’emploi et inscrits dans des dizaines de dispositifs de formation, oui il est raisonnable de penser que le gouvernement va réussir ce tour de passe passe.

En revanche s’il s‘agit de former 500 000  femmes et hommes aux chômage depuis plusieurs mois voir plusieurs années, de resociabiliser une population souvent démunies, pas ou peu formée qui ne sait pas encore vers quelles voies se tourner, qui va avoir besoin  d’un vrai bilan de compétence et d’être accompagné pour construire un plan de vision pour être à même de savoir  quels métiers choisir et quel projet professionnelle durable construire? si c’est cette deuxième objectif qui est vraiment choisi, il n’est ni réaliste ni raisonnable seulement  même de l’envisager

Financement, efficacité des formations, rôle de Pôle emploi… Quels sont les problèmes que l’on peut d’ores et déjà relever quant à la formation des chômeurs ? Ces derniers ne risquent-ils pas de se retrouver dans le plan présenté par le gouvernement ?

Yannick L’Horty : Cette action nouvelle s’inscrit dans un contexte persistant de dégradation du marché du travail depuis maintenant plus de sept ans. Là où l’on comptait 10 demandeurs d’emploi à la mi-2008, on en dénombre 18 aujourd’hui. La part des demandeurs de plus d’un an, qui était de 30 % début 2009, atteint 45 % aujourd’hui. Toutes choses égales par ailleurs, les besoins ont donc été presque multipliés par trois en moins de dix ans. Les réactions des politiques publiques ne sont pas du tout à la mesure de cette évolution, dans le domaine de la formation des demandeurs d’emploi comme tous les autres compartiments des politiques de l’emploi. Il y a aussi des problèmes structurels dans l’organisation de la formation pour les chômeurs en France, qui, à l’image de la formation des salariés, est la plus facile d’accès pour ceux dont les besoins sont les moins importants. Le plan qui est annoncé est une thérapie de choc dans un contexte où l’architecture des dispositifs n’a pas été réformée en profondeur.

Jérôme de Rocquigny : Les dispositifs qui font leurs preuves aujourd’hui sont surtout les POE qui répondent assez généralement aux besoins des entreprises.

en revanche, il est très compliqué pour un demandeur d’emploi de trouver une formation correspondant a ses besoins ou ses attentes ou bien quelle correspondent véritablement au besoin du marché, les prestataires de la formation professionnelles efficaces sont souvent des structures privées qui pour pouvoir intervenir devrait répondre à des appels d’offres, longs et compliqués à mettre en oeuvre, aujourd’hui les principales structures sont des structures qui n’ont pas évoluer depuis trop longtemps ou des organismes proches des chambres de commerces ou des unions patronales locales, structures qui pour certaine sont efficaces mais la grande majorité ne répondent de façon efficiente… par un mode de fonctionnement lourd et souvent pas ou peu adapter aux réalité du marché.

les personnels du pole emploi doivent gérer des centaines de demandeurs d’emploi alors que pour être efficace, ils doivent gérer maximum 80 demandeurs d’emploi, donc il est normal que les dossiers ne soient pas efficaces ou beaucoup trop long dans leur mise en oeuvre.

ce qui est dangereux dans les annonces faites par le gouvernement c’est qui risque de créer des espoirs  qui ne seront pas remplis.

Eric Verhaeghe : Le premier problème me semble être son caractère administré: une intelligence organisatrice suprême, celle de Pôle Emploi, va se substituer aux volontés individuelles pour choisir les formations, leur donner un contenu, et orienter les demandeurs d’emploi vers les stages. Ce qui prend des années au système scolaire initial et à des millions de parents, avec de nombreuses imperfections d’ailleurs, sera fait en quelques mois par quelques cerveaux extraits du réel. Comment imaginer que, sur la base de choix aussi hors sol, il suffise de quelques mois, parfois de deux mois seulement, pour transformer un chômeur en salarié? Ce processus permettra de diminuer artificiellement le nombre de chômeurs, le temps des formations, mais n’aura pas d’autre impact sur l’économie française.

Et de quels ordres en seront les coûts in fine ?

Yannick L’Horty : S’il s’agit de formations lourdes, avec des programmes de 400 à 500 heures, effectuées en petits groupes pour qu’elles soient efficaces, le coût total devrait dépasser le milliard d’€ compte tenu du volume de formations qui est annoncé. Il est probable que ce soit tout une panoplie de dispositifs qui soit mise en oeuvre, en combinant des actions légères de quelques semaines avec des programmes plus intensifs ayant pour objet des reconversions complètes. Le coût pourrait s’en trouver diminué mais à une telle échelle l’impact budgétaire sera élevé dans toutes les configurations.

Jérôme de Rocquigny : Pour un vrai projet de formation, il est impossible d’imaginer  si on additionne toutes les strates nécessaires à la mise en place d’un vrai dispositif de formation un coût inférieur à 5 000 euros par chômeur formé cela ferait plus de 2 milliards d’euros … une somme qui n’est pas disponible ni dans les fonds de fpspp, ni dans les excédents de la formation professionnelle.

Quid du financement d’une telle mesure ? Les régions, impliquées dans le financement, et le fond de sécurisation des parcours ont déjà annoncé ne pas être en mesure d’apporter une contribution…

Yannick L’Horty : Le problème du financement n’est pas négligeable compte tenu des masses budgétaires en jeu. Pour l’heure, aucune source de financement n’offre une solution simple et évidente. Et ce problème a pour contrepartie une difficulté de pilotage. Les régions ont vocation à être au premier plan, mais elles demandent aujourd’hui à assumer davantage le rôle de pilote, ce que ne prévoit pas le plan du gouvernement. Et sur le terrain, la coopération des acteurs n’est pas toujours harmonieuse, entre les collectivités territoriales, les organismes de formations, Pôle emploi, et les organismes de financement.

 Il n’est pas évident qu’un choc brutal sur le volume d’activité de tous les acteurs soit de nature à pacifier leurs relations.

« Il faut être dans une approche économique, pas dans le traitement social », a déclaré Yves Barou, président de l’Afpa, dans un article paru dans les Echos. A quoi une approche plus proche des besoins économiques aurait-elle ressemblé ?

Yannick L’Horty : L’approche économique consiste à investir dans le capital humain des demandeurs d’emploi. Le traitement social consiste à proposer des formations parking pour sortir temporairement les demandeurs des statistiques du chômage. La volonté affichée du gouvernement est bien d’investir dans la formation des chômeurs, c’est-à-dire de proposer des formations intenses qui débouchent sur de nouvelles qualifications professionnelles et permettent aux demandeurs d’emploi une réorientation professionnelle. Il faudra examiner le détail du contenu des mesures pour voir comment le curseur va être finalement positionné entre l’investissement dans le capital humain et le traitement social, sachant, encore une fois, que les besoins sont très différenciés selon les personnes et selon leur situation.

Jérôme de Rocquigny : Cette déclaration a le mérite d’aborder le problème de fond de la formation professionnelle, cela fait plus de 10 ans que les différents gouvernements ne cessent de nationaliser la formation professionnelle, mettant à mal le maillage territorial des organismes de formations, de plus si vous regarder l’énergie que dépense tous les partenaires sociaux pour que les formations soient le moins mis en œuvre possible avec des conséquences dramatiques pour certaines populations comme par exemple les jeunes de moins de 26 ans désirant faire de l’alternance qui, depuis que les partenaires sociaux ont modifié les règles de financement de l’alternance, ne trouvent plus d’entreprise,

 En dix ans ce sont près d’un million de jeunes qui n’ont pas été formé et qui se retrouvent aujourd’hui sans qualification sur les bancs des demandeurs d’emplois.

Si vous rajoutez à cela les dernières obligations rattachées aux titres RNCP, il devient de plus en plus difficile pour un salariés lambda de se former.

Le « plan 500.000 » succède au plan 30.000 de 2013 et aux plans 100.000 de 2014 et 2015. Quel bilan peut-on faire à ce jour de ces différentes tentatives de formation des chômeurs ?

Yannick L’Horty : L’empilement de ces mesures illustre très bien la nécessité qu’il y a à repenser en profondeur l’architecture de la formation professionnelle à destination des demandeurs d’emploi en France. Après l’accord national interprofessionnel sur la formation des salariés, il était logique de s’attaquer au problème des demandeurs d’emploi. Mais alors que le volume des problèmes enfle de façon régulière, mois après mois, le volume des solutions annoncées progressait par petits sursauts, jusqu’au plan qui vient d’être annoncé. Une montée en puissance progressive, dans un cadre pluri-annuel maîtrisé, aurait évidemment permis de lisser l’effort.

Sylvie de Rocquigny : Ce qu’il faut savoir, c’est que depuis 15 ans le législateur n’a pas compris que le premier outil de lutter contre le chômage, est la formation professionnelle, maintenir les compétences d’un salarié et même lui donner les outils pour évoluer le rendre plus performants donc plus compétitif donc plus  rentable  pour l’entreprise avec tous les bénéfices secondaires pour la compétitivité de l’entreprise. Certes personne ne peut contester que vouloir former les chômeurs est une bonne voie mais encore une fois on dépense beaucoup pour s’attaquer aux conséquences et non pas aux causes.

La Banque de France prévoit une croissance de 1.4% en 2016. Un plan de formation tel que prévu par le gouvernement pourra-t-il remplacer la création d’emplois ?

Yannick L’Horty : Il ne s’agit pas de remplacer la création d’emploi, mais de l’accompagner. La pire des situations serait que la reprise à venir débouche sur une forte hausse des pénuries d’emplois parce que les demandeurs d’emploi se seraient trop éloignés du marché du travail. C’est toute la difficulté du gouvernement, il ne faut rien lâcher en matière de lutte contre le chômage, ni la formation des chômeurs, ni les obstacles à la création d’emploi, ni l’accompagnement des demandeurs d’emploi et celui des entreprises dont les besoins en main-d’œuvre ne seraient pas satisfaits.

Source : http://www.atlantico.fr/decryptage/formation-urgence-500-000-chomeurs-fausse-bonne-idee-francois-hollande-yannick-horty-jerome-rocquigny-eric-verhaeghe-2534881.html/page/0/1

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