Le GARF, au coeur des mutations de la fonction formation


E-learning letter / Interview de alexis hluszko / président – garf

Vaste tour d’horizon des tendances qui travaillent le secteur de la formation en entreprise et leur impact sur la fonction formation, avec Alexis Hluszko, Président du GARF… Une institution qui s’affirme résolument comme un acteur clé des évolutions en cours, sous un mot d’ordre fédérateur : influencer, innover, développer…

Quelles tendances affecteront l’exercice de la formation en entreprise à l’horizon 2015-2017 ?

Alexis Hluszko : La formation en entreprise s’exerce actuellement dans le périmètre porté par le « Responsable Formation » (RF) ou, plus abouti, par le « Responsable Formation & Compétences » (RFC), une fonction qui évoluera sans doute vers celle de « Responsable du développement RH » à la confluence de la formation et des compétences, avec une plus grande intégration des approches et concepts métiers, plus d’ingénierie transversale, d’accompagnement des changements en lien avec les comités de direction, DRH, le management, les salariés et les directions métiers. Le futur « RFC » s’appuiera sur une plus large palette de savoirs et de postures pour élaborer et promouvoir un plan de formation toujours mieux adapté à la stratégie de l’entreprise, toujours avec le souci d’optimiser des moyens qui ne peuvent que se retreindre. Il élargira au passage son champ de prestations, la nature de ses conseils et accompagnements. On le voit : il lui faudra parfaitement connaître et respecter un cadre réglementaire malheureusement toujours plus complexe, cohérent avec la GPEC et prenant en compte des acteurs externes dont le poids est amené à croître : Conseil régional et nouvelles instances dédiées, acteurs des filières et des branches, OPCA, organismes de formation et de conseil…

Au-delà du plan de formation, qui n’est pas prêt de disparaître malgré l’abandon de l’obligation du 0,9%, le RFC devra se doter d’une panoplie d’outils et d’approches qui n’auraient pas forcément émargé à feu la déclaration fiscale 2483 ! Je pense notamment aux échanges métier sous diverses formes, au tutorat / monitorat, aux portails métier, à la co-animation d’espaces digitaux ou à la promotion et l’organisation des partages d’expérience et autres communautés de pratiques. Tout cela, encore une fois, dans un contexte économique heurté et incertain : la pression qu’on sent monter sur les budgets formation pèsera lourdement sur les pratiques et dispositifs de formation à venir.

Ces tendances sont déjà à l’oeuvre…

Alexis Hluszko : Oui ! Et ils sont aussi visibles en partie dans la Réforme de la formation professionnelle, dont on regrettera cependant l’aspect normatif et juridicisant de certaines dispositions… Encadrer trop fortement la responsabilité et a fortiori l’initiative des acteurs de la formation n’est pas toujours une bonne chose, comme le montre au contraire le pragmatisme de nos voisins européens ou anglo-saxons capables de faire vivre des politiques de formation plus souples, plus engageantes pour les salariés dans un cadre nettement moins réglementé. Ceci dit la réforme permet d’envisager une articulation plus étroite entre formation et GPEC, ce qui était une évolution très attendue ; sa réussite dépendra largement de la capacité du RFC à la mettre en oeuvre et obtenir pour ce faire l’engagement de toutes les parties : direction de l’entreprise, salariés et représentants du personnel notamment… Un soutien qui devra forcément en passer par une vraie pédagogie de l’utilisation des moyens et de la finalité partagée de la formation.

Réforme de la formation professionnelle et la FOAD font-elles bon ménage ?

Alexis Hluszko : C’est une question majeure. Je note déjà que le décret confirmant l’éligibilité des moyens de la FOAD à la formation vient d’être publié. C’est une avancée intéressante. Pour autant, notre système français, normatif, passe encore à côté de certains aspects participant à la formation et à la transmission des savoirs, c’est tout le débat autour du 70/20/10 qui percute notre vision traditionnelle de la formation professionnelle et de son orientation classique autour du présentiel.  Parallèlement à cette tendance de fond, on assiste à une remise en cause du présentiel traditionnel. Les agendas sont tendus, le temps s’accélère et les formats plébiscités sont plus courts, plus opérationnels. C’est là qu’intervient le développement du blended learning qui permet via des moyens maîtrisés d’articuler la formation présentielle traditionnelle et les apports du digital.

Quelles sont alors les nouvelles compétences requises des équipes formation ?

Alexis Hluszko : Nous avons évoqué les questions de GPEC et de métiers, pierres angulaires de l’activité de notre RFC – développeur RH. Nous l’avons dit aussi : les responsables du développement RH interviennent et interviendront toujours plus dans l’accompagnement des transformations de l’entreprise, et sur le rôle et les savoirs renouvelés de ses acteurs en liens étroits avec les questions d’organisation des activités. L’activité d’accompagnement des changements est de plus en plus présente dans l’activité formation. Par expérience, le rôle transversal et d’ensemblier joué par les acteurs de la formation au sens large est une orientation en croissance à court et moyen terme.

En écho à ces évolutions, les modes d’interventions des services formation se renouvellent : développement de la formation-action, recours et accompagnement plus fort par des formateurs et experts internes à l’entreprise en parallèle avec des formateurs externes experts pour des formations pointues ou des accompagnements spécifiques. Autant dire que le service formation devra savoir acheter ! Et négocier ces achats spécifiques tout en travaillant en réseau : filière, branche, relations OPCA, avec en toile de fond le renforcement qualité attendu du côté des prestataires que la réforme appelle à mettre en œuvre.

Quant au développement du blended learning et des outils du digital, il répond à une vraie demande des métiers et des salariés, notamment parce qu’ils leur facilitent l’accès à la formation et leur permettent de mieux gérer temps et disponibilités. La plus-value de notre responsable formation et compétences réside ici dans sa capacité à innover en matière d’ingénierie et de diffusion de la connaissance, à trouver les bons équilibres, en fonction des publics, entre présentiel et digital, formation collective et coaching professionnel individuel avec un pair, apports des communautés de pratiques, tout en évaluant les apports de la formation…

J’insiste aussi sur deux derniers volets fondamentaux, l’accompagnement permanent du management pour valoriser pleinement les investissements formation suppose une relation forte entre le service formation et le salarié et une collaboration sans faille avec les directions métiers sans lesquelles aucune démarche de formation et d’accompagnement n’est envisageable. Globalement, c’est à un renforcement du travail transversal interne et externe qu’on va assister : ensemblier, le responsable FC ou développement RH doit réussir à promouvoir une activité transversale mobilisant, outre son cœur de métier, des compétences de plus en plus étendues et des acteurs divers. Le mode projet, les aptitudes relationnelles et les qualités en matière de communication s’imposeront comme des démarches et savoirs incontournables.

Comment le GARF se prépare-t-il à accompagner cette nouvelle fonction formation ?

Alexis Hluszko : Le GARF, association professionnelle qui fête cette année ses 60 ans d’existence, est forte de 700 adhérents représentant l’ensemble des fonctions et segments de la formation, en entreprise, mais aussi avec le concours d’universitaires, consultants, DRH, experts. C’est d’ailleurs une des seules associations professionnelles à produire de réelles études reconnues et des éléments de recherche-action relatifs à nos pratiques et notre culture professionnelles. Nous intervenons actuellement activement aux côtés des acteurs institutionnels, au sein de groupes de travail transversaux pour faire des propositions opérationnelles et mieux accompagner nos adhérents dans l’analyse, l’appropriation et le déploiement de la réforme. Nous sommes associés à des groupes de réflexion comme celui dédié à la conception d’un système d’indicateurs avec la FFP et l’ANDRH, le but étant de mesurer les efforts formation des entreprises, base de travail pour un futur décret d’application.

Autre exemple : le GARF a organisé le 19 juin dernier les entretiens de la formation professionnelle qui ont réuni plus de 250 personnes et permis d’évaluer les premiers impacts connus de la loi à prendre en compte pour s’engager dans la préparation des plans de formation annuel 2015 ou d’un premier plan pluriannuel 2015-2017. Une « e-boite à outils », dressant les impacts de la loi du 05.03.14, souligner les points de vigilance, faisant des préconisations a été diffusée cet été à nos adhérents pour faciliter l’appropriation de la réforme et sa présentation dans leurs entreprises. Elle sera complétée cet automne par l’analyse des décrets et leurs impacts avec des recommandations opérationnelles.

Les 4 & 5 décembre prochain, nous organisons la deuxième édition des entretiens de la formation professionnelle. La première journée permettra de préciser la mise en œuvre opérationnelle de la loi sur la base des décrets d’application et des rouages opérationnels élaborés au second semestre. Quant au 5 décembre, il traitera de l’innovation technologique (LMS, e-learning…), d’ingénierie et de mobilisation des ressources (nouvelles modalités, GPEC, multi modalité…), en lien avec la réforme. Le cabinet Féfaur, un leader européen du conseil et des études dans le champ du Digital Learning, est partie prenante de ces importants entretiens placés sous le haut patronage du Ministre. Afin de renforcer l’accompagnement de nos adhérents, nous déployons aussi des conférences au sein des groupes régionaux du GARF (plus de 30) avec des interventions de membres du GARF ou d’experts reconnus.

Optimisation de nos nombreux réseaux à l’ordre du jour : notre site actuel sera remplacé cet hiver par notre nouveau portail interactif – espace d’expertises et de conseil, notamment sur le droit de la formation, et de mutualisation et de partage pour les groupes… Il s’agit de capitaliser sur les belles et nombreuses réalisations des garfistes, d’offrir des communautés de pratiques et des espaces interactifs de partage de savoirs et d’initiatives.

Enfin, nous sommes très satisfaits des alliances nouées avec nos grands partenaires. Nous avons réactualisé nos conventions avec nombre d’entre eux : Centre Inffo, ANDRH, AEF, FFP, ANACT, CNAM. De nouveaux partenariats sont engagés avec le FFOD, le CIGREF, le Syntec illustrant notre engagement dans l’innovation, le digital, les nouvelles pédagogies d’apprenance… Pour enrichir nos réflexions, le GARF va se doter prochainement d’un Conseil scientifique qui accueillera des personnalités et des experts. Vous le voyez, une réelle dynamique est portée par l’association autour des trois verbes clés qui illustrent sa feuille de route 2014-2016 : Influencer, innover, développer !

Propos recueillis par Michel Diaz
Source : http://www.e-learning-letter.com/info_article/m/754/le-garf-au-coeur-des-mutations-de-la-fonction-formation.html

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