La plupart des universités n’existeront plus dans 20 ans


EXPRESS.be par Audrey Duperron · 03 juil. 2014

La hausse des coûts de l’enseignement, l’évolution du marché du travail et la généralisation de l’internet sont les trois forces qui permettent d’augurer d’une révolution dans le monde de l’enseignement supérieur, affirme le magazine libéral The Economist.

L’enseignement supérieur est une des grandes réussites de l’État-providence. Cet été, 3,5 millions d’étudiants aux Etats-Unis, et 5 autres millions en Europe, obtiendront leur diplôme. Pour beaucoup, cela aura été possible grâce à l’aide de l’Etat. Mais contrairement aux autres secteurs, l’enseignement est resté relativement hermétique aux changements et on enseigne encore aujourd’hui comme on le faisait du temps d’Aristote.

  • Les universités ont un problème : leurs coûts s’envolent alors que leur productivité stagne. Protégées grâce au financement de l’Etat, et incontournables en raison de la valeur que les employeurs accordent aux diplômes, elles n’ont cessé de réclamer des frais d’inscription toujours plus élevés. Aux Etats-Unis, ces frais ont progressé chaque année 1,6% plus rapidement que l’inflation sur les 20 dernières années. Un diplôme permet encore de gagner 590 000 dollars supplémentaires au cours de l’existence, mais pour beaucoup d’élèves qui se sont lourdement endettés pour l’obtenir, et notamment pour les 47% d’entre eux qui abandonneront en cours de cursus (28% au Royaume-Uni), ils ne se justifient plus. Et les gouvernements sont de moins en moins enclins à apporter leur contribution.
  • Et l’internet qui a révolutionné les secteurs de la presse et de la musique est également à l’œuvre dans le monde de l’éducation, avec les MOOC (« Massive Open Online Course »), c’est-à-dire les formations en ligne. Quiconque disposant d’une connexion Internet dispose maintenant de la possibilité d’assister à des conférences données par les intervenants les plus brillants pour un coût très modique, représentant seulement une fraction du coût d’un cursus traditionnel.

Les Mooc existent depuis 2008, mais jusqu’à présent, leur impact est resté relativement modeste. Cependant, on constate que de plus en plus d’entreprises et d’universités s’y intéressent, et se joignent à des projets de Mooc. Cette constatation conduit The Economist à formuler les prédictions suivantes:

  • L’ascension des Mooc est irrésistible. L’un des prestataires, Coursera, compte déjà 8 millions de membres inscrits. Un autre, Udacity, s’est associé à AT&T et l’université de Technologie de Géorgie pour proposer des cours en ligne en vue de l’obtention d’une maîtrise d’informatique pour un tiers du coût de sa version universitaire. Harvard est sur le point de proposer un MBA en ligne pour 1.500 dollars.
  • Les universités les plus prestigieuses, comme Oxford et Harvard, voient où est leur intérêt dans cette révolution, et elles tenteront de tirer leur épingle du jeu. D’un autre côté, à terme, la plupart des universités les plus obscures pourraient subir le même sort que les titres de presse qui ont raté leur entrée dans l’ère numérique, et disparaître.
  • Les Moocs auront tendance à renforcer les inégalités, et elles seront particulièrement profitables pour les élèves les plus brillants. En revanche, les élèves les moins doués auront probablement plus de difficultés à s’adapter à l’environnement en ligne, où l’ils ne bénéficieront plus de l’encadrement offert dans l’enseignement traditionnel.
  • Les Moocs profiteront également aux professeurs les plus réputés. Une élite de professeurs charismatiques gagnera des salaires de rock-stars, ce qui suscitera la colère de leurs collègues moins recherchés.
  • Les politiciens subiront des pressions pour stopper cette révolution et protéger l’enseignement traditionnel. Mais The Economist leur recommande de considérer que les dépenses publiques doivent être consacrées à l’intérêt commun, et qu’elles ne doivent pas servir à épargner quelques professeurs de la concurrence. Ils ne devront pas perdre de vue que les Moocs permettront de démocratiser encore davantage l’accès à l’enseignement supérieur, et que, de ce point de vue, leurs bénéfices dépasseront de beaucoup leurs nuisances. Les gouvernements devront donc plutôt travailler sur la certification des diplômes, et la création de normes communes au plan international.

Source : http://www.express.be/business/fr/economy/la-plupart-des-universites-nexisteront-plus-dans-20-ans.htm

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