Le grand défi des responsables formation


Alain Ragot, Directeur associé de RHEXIS et Directeur de la publication du blog Management de la formation | 10/06
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En privant l’entreprise d’une béquille fiscale, la réforme de la formation impose à celle-ci, dès janvier 2015, de prendre en main différemment son capital humain. Appelée à devenir une charge externe comme tout autre achat de l’entreprise, la formation est, dès à présent, confrontée à un véritable défi de transformation. Pour les responsables formation, chance à saisir ou péril imminent ?

Rideau sur le plan de formation

Présentée en Conseil des ministres le 22 janvier 2014, la loi du 5 mars 2014 relative à la formation professionnelle, à l’emploi et à la démocratie sociale comporte des mesures qui vont impacter fortement le service formation de l’entreprise. Si le compte personnel de formation (CPF) vient aussitôt à l’esprit, il ne doit pas faire oublier la baisse spectaculaire de l’obligation légale de financement. De 1,6% de la masse salariale brute, la contribution des entreprises de 10 salariés et plus passe à 1%, une diminution qui affecte principalement les « formations consacrées à l’adaptation au poste et au maintien dans l’emploi », autrement dit le plan de formation.

Réduite à sa plus simple expression pour les TPE et PME, cette part va être purement et simplement supprimée pour les entreprises de 300 salariés et plus. Certes, les conséquences de cet ajustement drastique seront limitées pour certaines entreprises qui voient davantage une dépense obligatoire dans la formation qu’un investissement. Celles-ci se contenteront d’accueillir la réforme comme une opportunité d’économie bienvenue. Beaucoup d’autres en revanche, utilisent la formation comme levier décisif en termes de compétitivité et de motivation. Leurs budgets dans ce domaine, généralement supérieurs à l’obligation légale actuelle, risquent de diminuer s’ils ne sont pas efficacement défendus. Pour éloigner cette épée de Damoclès, le rôle du responsable formation et l’organisation de son service vont devoir évoluer radicalement.

Le responsable formation, partenaire stratégique et marketeur ?

Souvent réduit à un rôle d’administratif, le responsable formation doit aujourd’hui se préparer à jouer une partition nouvelle de contributeur à la stratégie de l’entreprise. En collaboration avec les équipes RH chargées de la gestion prévisionnelle des emplois et des compétences (GPEC), il sera amené à travailler davantage sur l’évolution des compétences, sur les aspects pédagogiques de la formation et pourra s’attaquer à un périmètre de sujets RH beaucoup plus large, comme la mobilité professionnelle. Plus globalement, le responsable formation va désormais porter sur ses épaules une forme de responsabilité sociale : d’une dépense, la formation devient un investissement sur l’humain.

Comme tout investissement, la formation va nécessiter une démarche à même de favoriser l’atteinte d’objectifs, de développer le business de l’entreprise et  de contribuer à ses orientations stratégiques. Dans cette optique, au responsable formation de fourbir ses armes pour garantir la mise à niveau régulière des compétences, la préparation des nouveaux métiers en fonction du marché et des spécificités de l’entreprise, etc.

Il va devoir, aussi, marketer son offre de formation et, pour cela, commencer par opérer une veille attentive : déceler et identifier rapidement les besoins émergents lui permettra de montrer sa proactivité vis-à-vis de ses « clients ». Parallèlement, il lui faudra promouvoir ses formations auprès de différents publics internes, au premier rang desquels les managers. Ces derniers seront potentiellement le meilleur relais de sa communication. De leur satisfaction dépendra largement son image, laquelle doit devenir celle d’un apporteur de solutions à valeur ajoutée. Ceci suppose, pour notre responsable formation marketeur et communiquant, d’affiner le plus possible sa connaissance du business et d’être toujours à l’écoute des besoins réels du terrain.

Autres « clients » importants du responsable formation, les collaborateurs ne sont pas à négliger. Une transformation importante, et porteuse d’un certain impact psychologique sur la fonction du responsable formation, tient à la nature des relations que celui-ci entretiendra désormais avec eux. En effet, avec le compte personnel de formation – qui constitue l’une des clés de la réforme – un nombre accru de salariés pourrait initier des demandes en formation dans des domaines étrangers aux besoins et à la stratégie de l’entreprise. Dès lors, il va s’agir de marketer les projets de formation de façon à ce qu’ils séduisent : c’est « l’érotisation de la formation ».

De la formation à la transformation

Au-delà de ce marketing de l’offre et de la demande à mettre en place, le responsable formation va devoir – et ce n’est pas le moindre défi ! – se montrer bon contrôleur de gestion de la formation au sens financier…Le responsable formation va donc s’efforcer d’industrialiser son service, ce qui va bien au-delà de la recherche d’une réduction des coûts d’achats. Gestion administrative rationnelle, évaluation précise des prestataires, développement de partenariats avec l’OPCA, mise en place de nouvelles modalités de formation tels le seamless learning et les MOOC, les chantiers ne manquent pas.

Conséquence logique de ces transformations, le retour sur investissement sera désormais évalué pour la formation comme pour n’importe quel projet d’une business unit ou département de l’entreprise. En d’autres termes, la pertinence de toute dépense en formation devra être justifiée et démontrée auprès de la direction générale et/ou de la direction des ressources humaines.

Cela suppose la mise en place d’outils prouvant la rationalisation des achats de formation, des processus de traitement et de l’efficacité des formations dispensées. Sur ce dernier point, l’évaluation des formations devient clé et doit s’envisager selon plusieurs critères : attentes des participants, savoirs acquis, transfert et mise en œuvre opérationnelle de ces acquis, sans oublier les résultats attendus sur le chiffre d’affaires. Ce dernier critère – rapprocher la formation du chiffre d’affaires et mesurer son impact sur celui-ci – est presque symbolique : n’indique-t-il pas que le regard porté sur la formation ne sera plus jamais le même ?

Le responsable formation fait aujourd’hui face au plus grand défi qu’il ait eu à relever, celui-ci touchant à l’essence même de son métier, de son rôle dans l’entreprise. Si le challenge est ambitieux, il est également passionnant. En saisissant l’opportunité de prouver leur performance, les responsables formation peuvent bénéficier d’une légitimité accrue. Mais attention ! La compétitivité ne se décide pas, elle se prépare en mûrissant dès maintenant un plan d’action stratégique et en s’armant, pour le réaliser, des meilleurs outils possibles.

En savoir plus sur http://business.lesechos.fr/directions-ressources-humaines/partenaire/partenaire-150-le-grand-defi-des-responsables-formation-100481.php?i1ISrtfUZQb1hHjR.99

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