D.Broliquier, IDRAC Lyon : « La réforme de la formation responsabilise les salariés »


Par Propos recueillis par Sandrine Weisz, pour la revue Personnel de l’ANDRH | 19/02/2014
Le texte sur la réforme de la formation professionnelle est débattu au Sénat depuis le 18 février pour une adoption avant la fin du mois. Denis Broliquier, responsable pédagogique à l’IDRAC Lyon, donne son point de vue d’expert de la formation et de l’apprentissage sur les différentes mesures phares à l’étude.

 

Crédits photo : Shutterstock Le texte sur la réforme de la formation professionnelle est débattu à l’Assemblée nationale depuis le 5 février pour une adoption avant la fin du mois.

Quel regard portez-vous sur la réforme en cours de la formation professionnelle ?

Un premier grand point positif est l’individualisation du système. Elle avait déjà commencé avec le DIF. Mais le compte individuel de formation va plus loin en ceci qu’il suit la personne tout au long de sa carrière. Il induit une plus grande responsabilisation du salarié, ou du chômeur, quant à la nécessité d’acquérir des compétences.

Et pensez-vous que cette mesure aura vraiment un effet sur le personnel peu qualifié, traditionnellement réticent à se former ?

Le plan de formation pourra être négocié dans toutes les entreprises par le dialogue social. Les salariés seront donc forcément plus impliqués. Il y aura une plus grande proximité par rapport aux besoins de chacun. Développer les formations qualifiantes est aussi un moyen de motiver cette population, soucieuse comme les autres de son employabilité. Ensuite, c’est aux organismes de formation de valoriser leurs parcours de formation. Par exemple, une cérémonie de remise de diplômes est un vrai facteur de motivation. J’ai vu récemment des femmes de 50 ans, sans qualification, pleurer d’émotion alors qu’on leur remettait un diplôme à la suite d’une formation.

Sur les chômeurs, votre avis est plus mitigé…

C’est une bonne chose d’intégrer les chômeurs dans ce dispositif. Mais j’y vois surtout un effet d’annonce. Via Pôle emploi, ils avaient déjà accès à des formations. Ce qui importe surtout, c’est le choix des modules. On devrait pouvoir orienter les demandeurs d’emploi vers des secteurs où il y a pénurie de main-d’oeuvre. Mais c’est très compliqué.

Denis Broliquier, responsable pédagogique à l’IDRAC Lyon

Quelle analyse faites-vous de la simplification administrative générée par la réforme ?

Les gros organismes de formation pouvaient trouver un effet d’aubaine à cette complexité. Ils géraient l’aspect administratif pour leurs clients, trop heureux de se débarrasser de ce volet rébarbatif…et donc moins regardants sur l’utilisation globale du budget. Mais à présent, plus de transparence, de simplicité…c’est forcément mieux pour les entreprises. L’allègement des coûts de gestion va permettre de dépenser plus dans la formation à proprement parler. Dans certaines grandes entreprises, qui n’avaient pas externalisé la gestion administrative, le personnel qui s’en chargeait va être réaffecté pour réfléchir au contenu pédagogique.

Concernant la formation en alternance, sur laquelle un projet est aussi attendu pour 2014, vous appartenez à une région qui a été son fer de lance…

Le renouveau de l’alternance a été porté par les Régions. Historiquement, c’est la Région Rhône-Alpes qui a lancé l’alternance dans l’enseignement supérieur à la fin des années 1980. Le conseil régional et le patronat local étaient très investis. Puis, l’exemple a été suivi par la Région Ile-de -France, jusqu’à s’étendre à la totalité du territoire français dans les années 2000. Aujourd’hui, l’alternance a gagné ses lettres de noblesse auprès de l’Etat et des entreprises d’une manière générale. Parents, étudiants, entreprises plébiscitent la formule. Et ce blason redoré bénéficie par ricochet aux formations techniques et manuelles.

Et le projet de réforme en 2014, avec un objectif gouvernemental de passer de 4 à 8% le quota d’apprentis en entreprise à l’horizon 2017, est l’aboutissement de ce succès…

Oui, c’est une reconnaissance officielle de ce mode de formation. L’apprentissage n’est plus perçu comme l’exploitation par le patronat d’un jeune démuni ! On tourne ainsi une page idéologique. Et ce choix pédagogique colle au plus près des attentes actuelles des dirigeants et DRH qui recherchent des salariés immédiatement opérationnels. C’est peut-être là que se loge la véritable arme anti-chômage.

Source : http://business.lesechos.fr/directions-ressources-humaines/formation/d-broliquier-idrac-lyon-la-reforme-de-la-formation-responsabilise-les-salaries-60344.php

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