Technologies : les rendez-vous manqués de l’école


France info podcast / écouter / le Mercredi 29 Janvier 2014 à 11:45

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De la maternelle à l’université, le maître-mot du moment est : innovation. De nombreux acteurs et experts certifient que les tablettes tactiles ou les cours massifs en ligne vont bouleverser l’éducation. Ce n’est pas la première fois qu’une révolution technologique est annoncée… et ça ne marche pas à tous les coups…

C’est ce que rappelle Matt Novak sur son blog Paleofuture, dans un article aussi instructif qu’amusant intitulé  » 15 technologies qui étaient censées changer l’éducation pour toujours « .

Et ça commence avec le cinéma…

Oui. Dès l’invention du 7e art. La Cedar Graphics Gazette prédit ainsi en mars 1920 que d’ici la fin du siècle on n’apprendra plus l’histoire dans des livres mais à travers des films. Ce sera la fin d’une histoire faite de  » fantômes de papier  » et la naissance d’une histoire qui incarne des créatures comme vivantes, qui sourient, parlent, marchent, aiment, travaillent, se nourrissent… On le sait, le cinéma est resté à la porte des écoles.

La radio naît à la même époque

Oui, et suscite les mêmes espoirs. Nous sommes en 1924 et le magazine Science et Invention promet que la petite Mary aimera autant écouter ses leçons à la radio qu’elle aime se faire lire une histoire du soir.  » Les devoirs à la maison deviendront un moment de joie, écrit le magazine, et les leçons seront apprises avec une grande facilité « . Là encore, on y est pas.

1935 : une revue imagine les Moocs !

Oui, ces Moocs dont on parle tant aujourd’hui, les cours massifs en ligne gratuits délivrés en vidéo par le web. Le site publie un dessin extraordinaire car il décrit assez exactement le dispositif, 80 ans à l’avance. L’enseignant est filmé devant son tableau, les étudiants sont installés devant des récepteurs TV, chacun chez soi. Les auteurs de l’article cité par Paleofuture glosent sur l’avantage évident de la télé sur la radio : elle permettra d’enseigner tout ce qui requiert l’image, notamment la géométrie. On retrouve la télé en 1938, dix avant qu’elle commence à envahir les foyers américains, dans cette expérience menée dans les locaux de NBC où un professeur a donné son cours par écran interposé. Le consultant  » éducation  » de NBC prédit alors, je cite, que  » d’ici cinq ans, la télévision sera fréquemment utilisée dans toutes les salles de classe « . Encore raté.

A la même époque, invention du disque vinyle

Et même enthousiasme. On gagne là encore sur la radio puisque le cours pourra être écouté à toute heure, sans dépendre des programmes.

Années 50-60 : c’est la folie des robots.

Et le Oakland Tribune tente de convaincre les parents américains, en août 1960, que ce sont de simples outils dont il ne faut pas avoir peur et qui pourront enseigner. Le débat était tellement vif à l’époque que la National Education Association a dû publier un communiqué pour démentir toute intention de généraliser l’enseignement par des robots. On retrouve le même émerveillement dans les années 80 avec le robot Newton, dont le constructeur annonce qu’il rendra les apprentissages ludiques et amusants.

1971 : l’intuition des moteurs de recherche naît.

Montrée dans une encyclopédie pour enfants de l’époque. Là encore on est devant un écran. L’enfant tape une question et il accède à des contenus écrits, audio et vidéo. C’est la  » machine à répondre « , elle aussi censée révolutionner l’enseignement. Dix ans plus tard on couple cette idée avec la vidéo et on pressent ce qui va devenir le live chat.

Revenons en 2014 : aucune de ces technologies n’a finalement révolutionné l’école.

Non. Pour des questions de coût d’équipement, de maniabilité, de valeur ajoutée insuffisante. Mais il  y a aussi – et il ne faut pas le mésestimer le poids – des modèles pédagogiques traditionnels. Il sont profondément ancrés dans notre histoire. Il faut se souvenir que c’est l’ordre des jésuites, à peine fondé, au XVIe siècle, qui invente des principes que l’on a conservés depuis : regrouper les élèves par niveau de connaissance, dans des classes, ritualiser les apprentissages en découpant la journée en différents activités ; les Jésuites importent également de Chine le système des notes, qui servait là-bas au concours du mandarinat – vous retrouvez tout cela dès 1599 dans un ouvrage intitulé le Ratio Studiorum, les Normes pédagogiques. On peut ajouter à cela le statut de la parole enseignante qui fut d’abord celle du prêtre, donc une émanation d’une parole d’essence divine, qu’il était par définition hors de question de contester, et bien sûr le poids du livre et de la culture encyclopédique. Les choses ont assez peu bougé de ce point de vue, notamment parce que la République a beaucoup emprunté à la religion pour s’imposer. Tout cela laisse des traces. Mais ce qui est intéressant à travers l’exemple de ces technologies prometteuses qui n’ont pas révolutionné l »école comme on le disait, c’est de voir que l’on court depuis un siècle après les mêmes ambitions : massifier la diffusion du savoir, le rendre plus attractif, et individualiser l’enseignement.

Les tablettes et les cours massifs en ligne réussiront-ils là où la radio et la télévision ont échoué ?

C’est plausible, pour trois raisons majeures. D’abord il y a la nature même de ces technologies : elles passent par des supports mobiles, dont les tarifs sont accessibles, elles sont attractives, et elles permettent une individualisation de plus en plus fine. Ensuite elles entrent naturellement dans les espaces scolaires – aucune loi, aucune réforme, n’a été nécessaire pour que les étudiants apportent leurs ordinateurs en cours, pour que les tableaux interactifs envahissent les classes des écoles primaires. Enfin elles sont totalement ancrées dans le monde du travail – aller au cinéma, regarder la télévision ou écouter la radio faisait partie du temps privé, du temps des loisirs, se servir du numérique est devenu un prérequis dans la plupart des métiers. Reste que je peux me tromper, auquel cas un Matt Novak des temps futur pourra citer cette chronique à l’appui d’un nouvel article sur les  » technologies qui étaient censées changer l’éducation pour toujours « . Article dont je vous recommande donc la lecture, il est en plus assorti d’illustrations édifiantes. Le lien est sur franceinfo .fr, à la rubrique Question d’éducation.

Source : http://www.franceinfo.fr/education-jeunesse/question-d-education/technologies-les-rendez-vous-manques-de-l-ecole-1298669-2014-01-29

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