Education : la révolution numérique sera pédagogique ou ne sera pas


le Mercredi 19 Février 2014 à 11:45

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Podcast à écouter France info :
http://www.franceinfo.fr/education-jeunesse/question-d-education/education-la-revolution-numerique-sera-pedagogique-ou-ne-sera-pas-1324167-2014-0

La mesure était annoncée, elle officielle depuis hier : il existe désormais  une direction du numérique au ministère de l’Education nationale. Objectif : faire entrer l’école dans l’ère numérique.

Pour faire bouger les choses à l’Education nationale, il faut trois ingrédients : la volonté politique, le cadre administratif et beaucoup de pédagogie.

La nouveauté du jour, c’est ce cadre administratif.

Oui, avec cette nouvelle direction, confiée à l’inspectrice générale Catherine Becchetti-Bizot, personnalité reconnue en ce domaine. Sur son agenda : traiter les enjeux pédagogiques du numérique, favoriser le développement de nouveaux contenus et services en ligne de qualité, améliorer les infrastructures et se soucier des conditions techniques et de sécurité permettant la réussite des projets. Le ministère va également se doter d’un incubateur, le Numérilab’, afin de mutualiser les bonnes pratiques et de les diffuser.

Car ces pratiques existent déjà…

Oui. L’Education nationale met déjà un certain nombre de ressources à leur disposition : D’Col, un service d’accompagnement interactif personnalisé pour les élèves de 6ème de l’éducation prioritaire ; English for schools, une offre d’exercices et de vidéos pédagogiques pour les 8-11 ans ; il y a aussi ÉduThèque, portail destiné aux enseignants qui permet d’accéder gratuitement à des ressources proposées par les grands établissements publics scientifiques et culturels pour un usage pédagogique. Et puis les enseignants n’ont pas attendu la création de cette direction pour utiliser le numérique, mais ils le font jusque-là en ordre dispersé et surtout dans des conditions très hétérogène. L’accompagnement par l’administration est très inégal – ici on encouragera les projets, là on leur mettra des bâtons dans les roues. Si bien que nombre des initiatives les plus significatives ont été portées par des collectifs d’enseignants, par des associations, en marge des structures officielles.

En matière de numérique pourtant, la volonté politique est là.

Oui. Vincent Peillon en a souvent parlé, par exemple dans cet entretien au Café pédagogique. Il souhaite – je cite –  » soutenir les initiatives de terrain, aider les professeurs à mutualiser leurs pratiques, à bousculer les cloisons entre disciplines, entre corps, entre école et collège. Il faut leur donner les moyens, au-delà des injonctions, de travailler ensemble, de renforcer les liens entre eux, de donner une consistance aux équipes éducatives. »

A écouter cette citation, le problème tient plus aux façons de travailler qu’à l’aspect technologique…

Oui. Numérique est bien souvent synonyme de  » pédagogique « . Et d’ailleurs Catherine Beccheti-Bizot a déjà eu l’occasion de le dire. Elle aime à répéter que « C’est dans les classes que cela se passe », qu’il faut encourager dit-elle « l’innovation qui vient du terrain » afin de développer « des projets plus vastes ».  » À nous de mettre en place le contexte favorable à l’expérimentation de solutions nouvelles, par les équipes éducatives, et de les rendre visibles « , c’est ce qu’elle expliquait en novembre dernier dans un entretien à 20 minutes.

Concrètement, quelles sont les technologies qu’on peut aujourd’hui utiliser dans une classe ?

Vous en avez un bon échantillon dans la classe immersive de Microsoft, à Issy-les-Moulineaux. C’est une salle comme les autres, d’une cinquantaine de mètres carrés. Pas de tables et de chaises mais des cubes de couleurs mobiles pour pouvoir s’asseoir dans différentes configurations. Ceci étant le jour où j’ai assisté à une séance, personne ou presque ne s’est assis : les enfants étaient en petits groupes et allaient d’activités en activité pour découvrir le cycle de l’eau. Il y avait des tableaux interactifs et aussi un sol interactif – il fallait reproduire ce cycle en marchant selon un itinéraire donné ; des grandes tables tactiles, sortes de tablettes géantes, permettaient de passer des quizz, il y a aussi de la 3D. Donc les outils existent, ils sont fonctionnels. Mais leur usage réclame en amont tout un travail de préparation de la part des enseignants.

Tous ne sont pas acquis au numérique. Comment peut-on les convaincre ?

Eh bien j’ai posé la question à l’enseignante qui accompagnait cette classe de l’école St Jean de Passy ; elle m’a désigné ses élèves et m’a simplement dit : « regardez-les« . de fait, tous étaient au travail, et pourtant quand on leur a demandé « à la fin si ils avaient eu l »impression de jouer ou de travailler les deux tiers ont répondu  » de jouer « . Question suivante : « et avez-vous eu l’impression d’apprendre des choses ? ». Là tous ont répondu oui. Et c’est quelque chose qui revient dans toutes les études nationales et internationales sur l’usage du numérique : quand il est bien conduit, il renforce le plaisir d’apprendre.

Il renforce le plaisir, mais est-ce qu’il améliore les apprentissages ?

Là les résultats des études sont plus hétérogènes. En fait ça fonctionne quand ça modifie le rapport entre enseignants et élèves. C’est pour cela que je vous disais que  » numérique  » rime avec  » pédagogique « .

Donc finalement la priorité de cette nouvelle direction du numérique sera autant du côté pédagogique que du côté technologique.

Oui, autant voire plus. Et c’est là que les choses risquent de se compliquer. Catherine Beccheti-Bizot le sait. Je la cite de nouveau :  » Le numérique fait évoluer la pédagogie mais les outils ne font rien seuls. C’est la manière dont les enseignants se les approprient et les inscrivent dans un bon projet pédagogique qui fera l’efficacité de l’outil et permettra de nouvelles possibilités dans le cours. Quoi qu’il en soit, on remarque que le numérique permet un renforcement de la relation pédagogique avec les élèves « . Or la pédagogie c’est ce qu’il y a de plus compliqué à faire évoluer, notamment parce que la formation continue des enseignants est très insuffisante, et parce que le fonctionnement hiérarchique et tubulaire de l’Education nationale ne se prête pas du tout à la diffusion de l’innovation.

Source : Emmanuel Davidenkoffhttp://www.franceinfo.fr/education-jeunesse/question-d-education/education-la-revolution-numerique-sera-pedagogique-ou-ne-sera-pas-1324167-2014-0

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