L’illettrisme en entreprise : 16 % des actifs sont concernés


Par Camille Boulate, journaliste | 06/09/2013

L’illettrisme touche 2,5 millions d’adultes en France. Déclarée grande cause nationale 2013 par le Gouvernement, la lutte contre l’illettrisme concerne aussi les entreprises. Exemple dans le secteur de la propreté.

16 % de la population active française éprouve des difficultés à lire et à écrire, selon une étude réalisée en 2011. Plus de 2,5 millions d’adultes (soit 7 % ) sont touchés par l’illettrisme. Même si le phénomène est en légère baisse d’après l’Insee, l’illettrisme reste à la source de nombreuses inégalités et tensions sociales. Au-delà des efforts de l’Education nationale pour prévenir l’illettrisme, les entreprises ont un rôle à jouer, en particulier dans l’intégration des salariés d’origine étrangère, à travers la formation professionnelle continue. A l’occasion de la 48ème journée internationale pour l’alphabétisation, le dimanche 8 septembre prochain, voici l’initiative mis en place par les entreprises du nettoyage.

La lecture et l’écriture font désormais partie de la formation

Les organismes collecteurs paritaires agréés
  • Contrôlés par l’Etat, les OPCA sont chargés de collecter et redistribuer les obligations financières des entreprises en matière de formation professionnelle.

Le secteur du nettoyage est particulièrement touché par le phénomène de l’illettrisme : « Le secteur de la propreté souffre d’un manque de formation initiale et connaît une forte population issue de l’immigration », explique Jean-Marc Ducept, directeur d’Opcalia Propreté, le premier organisme paritaire collecteur agréé (OPCA) qui se soit préoccupé, dès 1999, de l’illettrisme en milieu professionnel.

La formation des personnels des entreprises de propreté a évolué, pour ajouter aux gestes techniques : la lecture, l’écriture, le calcul et le repère dans l’espace-temps, autant de nouvelles compétences adaptées aux besoins des entreprises. Les apprenants sont aussi initiés aux nouvelles technologies, à l’ouverture culturelle, à l’observation et aux comportements à adopter. La formation repose désormais sur des situations vécues au travail et s’appuie sur les outils du quotidien servant à la pédagogie, comme les étiquettes des produits, les plans ou encore les fiches de liaison.

La formation, un outil de fidélisation des salariés

« Certaines entreprises pensent que c’est le rôle de l’Education nationale de former les salariés… Nous ne raisonnons pas ainsi », explique Christophe Pons, directeur de la formation du groupe de nettoyage industriel Onet. Ainsi, chaque année, près d’une centaine d’employés de l’entreprise participent à la formation « clés en main ». Cette formation à l’alphabétisation est un outil de motivation et de fidélisation des salariés. Elle encourage l’évolution des employés et leur permet de gagner en épanouissement personnel. Un atout non négligeable dans ce secteur qui souffre d’un fort taux de turn-over : « Après s’être formé, l’employé entretient une certaine reconnaissance vis-à-vis de l’entreprise et y travaille plus longtemps », relève Christophe Pons.

Une formation sur un an
  • Le programme « Clés en main » dure 250 heures. De quoi effrayer les chefs d’entreprise ? Pas du tout à en croire Jean-Marc Ducept, directeur d’Opcalia Propreté : « La formation est organisée en deux sessions de trois heures, chaque semaine, afin de répondre aux horaires du secteur. » Les salariés sont formés dans des organismes de formation indépendants qui décident des horaires. « Il y a une souplesse dans l’organisation. »

Encore faut-il arriver à convaincre les salariés en difficulté de suivre le programme : « il est difficile d’admettre pour un employé qu’il a un problème avec la langue française. Nous effectuons donc un travail d’équipe, avec les partenaires sociaux, pour repérer les personnes en difficulté », explique directeur de la formation. A l’issue du programme « Clés en main », les apprenants reçoivent un certificat. Au-delà de cette première étape, 17 % des salariés continuent leur formation avec un certificat de qualification professionnel (CQP) pour mieux évoluer professionnellement.

Une aide financière pour favoriser l’accès à la formation

Mais former des salariés engendre un coût pour l’entreprise. « Lorsqu’ils sont en formation, les salariés ne sont pas productifs pour l’entreprise. Or, nous continuons de les rémunérer et nous devons les remplacer », explique le directeur de la formation chez Onet. Pour réduire le coût et inciter les entreprises à former mieux et plus leurs salariés, Opcalia Propreté finance non seulement le programme, mais également une partie de la rémunération, à hauteur de 11,5 euros de l’heure.

Crédits photo : Shutterstock.com
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