Le droit à la formation suscite peu d’intérêt au sein des entreprises


Huit ans après la loi qui l’a établi en 2004, le droit individuel à la formation (DIF) tâtonne encore. Selon deux enquêtes publiées fin avril sous le titre « DIF: Huit ans après sa création, quelles évolutions? » par le groupe Demos, un acteur important du marché de la formation professionnelle, la moitié des travailleurs ne l’ont jamais utilisé, mais cette part est en légère diminution. Et, de leur côté, les responsables en ressources humaines se l’approprient lentement, mais régulièrement. Les auteurs ont interrogé 270 salariés d’octobre 2011 à mars 2012 pour l’enquête  « Droit à la formation: quelle réalité pour les salariés? ». Un second travail intitulé « Les pratiques d’entreprises en matière de droit individuel à la formation » a été mené parallèlement auprès des responsables RH et  formation de 151 entreprises.

Le dispositif reste peu utilisé par les salariés, mais 97% de ceux qui ont été interrogés savent ce qu’est le DIF (95% en 2011) – l’année suivant la création du dispositif, le pourcentage était proche de zéro. L’objectif de notoriété du système est donc atteint. Sauf qu’il y a « savoir » et « savoir ». C’est l’enseignement principal de cette enquête.

Car, dans le détail, le DIF reste entouré d’un grand flou. Rappelons que le DIF est un droit capitalisable de 20 heures par an qui s’exerce avec l’accord de l’employeur pour des formations courtes. Tout salarié en CDI (ou CDD selon certaines conditions) peut en bénéficier. Il est plafonné à 120 heures, au-delà desquelles le quota d’heures n’augmente plus tant qu’on ne les a pas utilisées.

Or, un tiers des salariés ne connaissent pas le niveau de leur crédit d’heures de formation cumulées, ou encore les formations qu’ils peuvent suivre. Ils ignorent aussi que le choix de la formation doit se négocier entre salarié et employeur, et que ce dernier peut refuser autant de fois qu’il le souhaite. Pour les auteurs de l’enquête menée auprès du personnel, « la vision du DIF demeure assez sommaire ».

Résultat : huit ans après sa création, 47% des salariés n’ont jamais utilisé leur droit à la formation. Et contrairement à ce que craignaient les employeurs, la perspective d’atteindre le plafond bloqué à 120 heures au bout de six ans n’a pas provoqué d’utilisation en masse des heures de formation gagnées au titre du DIF à partir de 2010.

La raison de ce semi-échec est simple : la notoriété acquise par le dispositif ne rime pas avec intérêt. Le droit individuel à la formation intéresse peu les salariés. A tort ou à raison ? Selon l’enquête, parmis les salariés n’ayant pas utilisé leur DIF, 29% expliquent ne pas avoir profité de leur crédit d’heures car ils ne savaient pas quelle formation suivre, 20% car ils n’ont pas d’intérêt particulier pour le dispositif, et 16 % faute d’informations sur le DIF…

Manque d’intérêt

Selon l’enquête menée auprès des responsables ressources humaines et formation, la grande majorité des entreprises privées ne se sont pas non plus appropriées le DIF.  Deux tiers d’entres elles l’appliquent en se contentant de reprendre les accords de branche, ou n’ont pas défini d’objectifs précis. Pour les auteurs, « le dispositif est pris « tel quel », sans être replacé dans le cadre d’une politique spécifique d’entreprise ».

Ce manque d’intérêt explique peut-être que les entreprises n’informent leur salariés de ce dispositif que de façon superficielle. Ainsi, 70% des entreprises n’avaient pas mis  de catalogue des formations pouvant être suivies en DIF à la disposition du personnel. Ainsi, 49% des salariés déclarent avoir pris connaissance du DIF via message par intranet ou par une information sur le bulletin de paie. Des moyens plus efficaces existent pour susciter l’intérêt. Comme l’expliquent les auteurs de l’enquête, « les modes de communication formels sont prédominants et l’entretien professionnel tient un rôle mineur dans l’information des salariés ».  « Cela ne favorise pas l’appropriation du dispositif par les acteurs », regrettent les auteurs.

Les inégalités demeurent

Cette enquête 2012 montre pourtant qu’une partie de la population salariée s’est approprié le DIF. Pour preuve, 26% des travailleurs interrogés déclarent avoir utilisé leurs heures de formation acquises au titre du DIF plusieurs fois (23% ne l’ont fait qu’une fois, et 47% jamais). Un pourcentage en augmentation de 13% par rapport à 2011.

Parmi ceux qui suivent une formation dans le cadre de leur DIF, 71% le font pendant leur temps de travail. Mais un tiers des salariés suit sa formation sur son temps libre.  Une bonne nouvelle selon les auteurs du rapport, pour qui cette tendance en hausse est la preuve d’une appropriation personnelle du dispositif.

Cette petite avancée est pourtant une victoire en demi-teinte. Car ce sont ceux qui en ont le plus besoin qui restent à l’écart du dispositif : les salariés qui utilisent leur droit à la formation sont majoritairement des cadres, tandis que les salariés peu qualifiés l’ignorent. Dans un contexte de marché de l’emploi instable, ce sont pourtant eux qui ont le plus besoin d’acquérir de nouvelles compétences. Augmenter l’employabilité de cette population de salarié était pourtant le but initial du dispositif. Or, un tiers des salariés ayant bénéficié du DIF affirment que la formation suivie n’a rien changé dans leur manière de travailler…

Blog du monde :
Source : http://lemonde-emploi.blog.lemonde.fr/2012/05/29/le-droit-a-la-formation-suscite-peu-dinteret-au-sein-des-entreprises/

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