« Il faut subventionner la formation des salariés les moins qualifiés »


Par Cécile Maillard – Publié le 07 mai 2012, à 14h 26

L’Usine Nouvelle – Pourquoi les entreprises forment-elles leurs salariés les plus qualifiés ?

Arnaud Chéron – Dans le modèle actuel, une entreprise doit consacrer un certain montant à la formation, mais elle le ventile comme elle le veut. Il n’y a pas de fléchage en direction de ceux qui en ont le plus besoin. A l’arrivée, les moins qualifiés et les plus âgés n’en profitent pas. Les entreprises préfèrent former les plus diplômés, parce qu’il y a une complémentarité entre formation initiale et formation continue. L’entreprise en attend un retour sur investissement plus grand.

Autre inégalité : plus la taille de l’entreprise est grande, plus elle consacre un montant important à la formation, dépassant parfois les obligations légales. Surtout, les petites entreprises renoncent parfois à former parce qu’en plus des coûts de la formation, s’ajoutent les coûts indirects dus à l’absence du salarié. Elles versent un pourcentage de masse salariale aux fonds de la formation, mais n’en bénéficient pas. Elles ont alors l’impression de payer une simple taxe.

Comment cibler les formations vers ces salariés ?
Je propose de financer la formation continue par le biais de subventions versées à l’entreprise. Elles seraient modulées en fonction du niveau de salaire et de la catégorie socio-professionnelle. Par exemple, la formation d’un salarié payé au SMIC pourrait être subventionnée à hauteur de 30 ou 40%, quand celle d’un salarié payé 1,3 SMIC le serait à 10 %, et au-delà de 1,5 SMIC, ne le serait plus du tout. Si individuellement certains travailleurs très qualifiés seront perdants, d’autres travailleurs, moins qualifiés, seront gagnants. C’est toute la société qui en profitera. Les petites entreprises pourraient toucher des subventions plus élevées.

Comment financer ces subventions ?
Par une taxe de 0,3 ou 0,5% de la masse salariale, uniforme pour toutes les entreprises au lieu de 1,6 % aujourd’hui.

En supprimant l’obligation de former, ne risque-t-on pas de voir des entreprises ne plus former du tout ?
On passe effectivement d’une situation de contrainte à une logique d’incitation, dont l’objectif est de pouvoir cibler. Mais aujourd’hui, la formation sous contrainte rapporte peu à l’entreprise, qui souvent forme ceux qui n’en ont pas besoin uniquement parce qu’elle a payé ! On aura peut-être moins de formation, mais qui rapportera beaucoup plus à l’entreprise, au salarié, et à la société.

Qu’apporterait une meilleure formation des salariés les moins qualifiés ?
Inciter les entreprises à former leurs salariés les moins qualifiés générerait d’abord un effet positif pour ces travailleurs, dont la formation initiale a souvent été faible. Ils y gagnent en compétences, donc en employabilité, parfois en revenu. L’entreprise, elle, voit la productivité de ces salariés augmenter. Mais c’est aussi très bon pour la collectivité : ces travailleurs les moins formés, peu productifs, sont ceux qui présentent le plus de risque d’être au chômage. Formés, ils ne seront peut-être plus chômeurs, ou le resteront moins longtemps.

Source : http://www.usinenouvelle.com/article/il-faut-subventionner-la-formation-des-salaries-les-moins-qualifies.N174159

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