Formation des salariés : les retards français


17/04 | 07:00 | Jean-Claude Lewandowski

Un comparatif européen réalisé par la Cegos met en exergue les spécificités françaises, notamment sur les modalités de formation innovantes.

Ecrit par
Jean-Claude LEWANDOWSKI

Jean-Claude LEWANDOWSKI

Les optimistes y verront une exception française de plus, les pessimistes un nouveau signe du retard de notre pays. L’enquête que publie l’Observatoire Cegos (*) sur la formation professionnelle dans six pays européens (Allemagne, Espagne, Italie, Pays-Bas, Royaume-Uni et France) fait en tout cas apparaître un net décalage entre l’Hexagone et ses voisins.

Certes, les salariés français sont plutôt en phase avec leurs collègues étrangers sur leur appréciation globale des formations qu’ils ont suivies : en moyenne, 36 % s’en déclarent « très satisfaits » (31 % pour les Français) et 57 % « plutôt satisfaits ». En revanche, les Français comptent parmi les moins convaincus (28 %, contre 32 % en moyenne) de l’utilité de ces formations pour leur évolution professionnelle.

Des pratiques classiques

Mais c’est surtout sur les modalités pratiques d’apprentissage que les salariés français se différencient. Si la formation classique en groupe dans une salle (le « présentiel ») reste partout incontournable, elle l’est encore plus en France : 95 % des salariés y ont été formés par ce moyen. Et alors que, partout ailleurs, ce mode de formation recule, il reste stable chez nous.

A l’inverse, la France est en retrait pour les modalités qui progressent ailleurs en Europe. C’est le cas du tutorat-coaching (la formation « sur le terrain »), passé entre 2010 et 2012 de 35 % à 47 % sur les six pays concernés. Or seuls 27 % des salariés de l’Hexagone ont suivi un enseignement de ce type. Idem pour les formations « mixtes », mêlant enseignement à distance et en salle : les Français n’en sont qu’à 28 %, contre 39 % en moyenne.

« Il existe aujourd’hui trois tendances fortes pour la formation professionnelle, analyse Jacques Coquerel, président de la Cegos : on forme plus près de la réalité du terrain, avec une dimension humaine plus marquée, et de façon plus économe. » Or, sur ces trois points, la France semble à la traîne. Seule exception, le « serious game », qui s’y porte plutôt bien.

Des différences apparaissent aussi sur l’organisation même de la formation. La France est le pays où l’on se forme le plus sur le temps de travail (75 % de réponses positives, contre 54 % en moyenne). Autre clivage marqué : les Hollandais et les Espagnols sont ceux qui ont le moins de formations financées par leur entreprise, les Allemands et les Français, le plus. Concernant l’implication de leur entreprise, les Français sont les moins enthousiastes, tant pour la définition des besoins que pour l’information ou la construction du projet professionnel.

« Au final, l’Allemagne et le Royaume-Uni sont en avance, constate Mathilde Bourdat, manager à la Cegos. Au Royaume-Uni, il existe une culture de la formation courte, agile et ciblée. En Allemagne, les salariés font confiance à leur employeur pour se former. A la différence de la France, il n’existe pourtant pas d’obligation pour l’entreprise. » La loi ne fait pas tout, et celle de  1971 sur la formation professionnelle n’a pas tout résolu : telle pourrait être la leçon de cette étude.

JEAN-CLAUDE LEWANDOWSKI, Les Echos
source : http://www.lesechos.fr/economie-politique/france/actu/0202010148373-formation-des-salaries-les-retards-francais-313208.php
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