Formation des apprentis. Le bâtiment a-t-il vu trop grand ?


ajouté le 3 février 2012
Jean-Yves Toupin, président de l’association CFA de Bretagne, qui chapeaute quatre centres d’apprentissage bretons : «À Quimper, nous avons un CFA quasi neuf, à Plérin, nous démarrons des travaux pour près de sept millions d’euros. Quant à Saint-Grégoire, son CFA aurait bien besoin de s’étendre.»

Jean-Yves Toupin, président de l'association CFA de Bretagne, qui chapeaute quatre centres d'apprentissage bretons : «À Quimper, nous avons un CFA quasi neuf, à Plérin, nous démarrons des travaux pour près de sept millions d'euros. Quant à Saint-Grégoire, son CFA aurait bien besoin de s'étendre.»Le budget de la rénovation du Centre de formation des apprentis du bâtiment à Vannes paraît énorme quand la filière tend plutôt à débaucher qu’à recruter. Politique, au coeur des luttes d’influence FFB/Capeb, l’équipement cherche son équilibre financier.

Un véritable état dans l’état. Le CFA BTP de Vannes nouvelle version, qui devrait être officiellement inauguré le 16mars, a beau être dans l’enceinte de la Chambre de métiers, il en est indépendant. Avec son propre président élu pour un mandat de trois ans, Jean-Yves Toupin. Et 20 administrateurs: dix issus des organisations de salariés, dix du collège patronal. Le prochain président sera d’ailleurs issu des rangs salariés. Dédié au bâtiment, l’établissement évite ainsi les travers de la Chambre de métiers, qui forme à la mécanique ou à la boucherie certains apprentis qui iront ensuite travailler dans les hypermarchés ou les grandes concessions automobiles. Sans que ces grandes enseignes aient versé la moindre obole à l’institution. Le CFA BTP emploie 55 personnes en équivalent temps plein, avec un budget de fonctionnement de 4,2millions d’euros.

Coût? 17millions d’euros
Le hic, c’est le coût d’une telle infrastructure. À l’heure des restrictions budgétaires, on ne peut que constater que la reconfiguration du CFA BTP a coûté cher. Très cher. Presque 17millions d’euros avec le foncier. L’équipement a été financé à 50% par la Région, à 17% par le Département, à 10% par Vannes Agglo. Et à 23% par le 3CA BTP, outil du secteur pour la formation initiale. Les travaux, commencés en septembre2008, sont en passe d’être totalement achevés. Mais au même moment, le secteur du bâtiment subit un terrible trou d’air, avec l’annonce de 35.000 licenciements pour 2012 en France. Pas très encourageant pour l’apprentissage. Pas plus que la fin de certains dispositifs fiscaux incitatifs (loi Scellier…).

Un CFA surdimensionné
Aujourd’hui, avec seulement 872 apprentis, le CFA BTP est d’ailleurs clairement surdimensionné par rapport à sa capacité d’accueil de 1.300 places. «Bien sûr que le bâtiment subit la crise», argumente Jean-Yves Toupin. «Mais notre devoir est de ne pas baisser les bras et de préparer les jeunes à nos métiers. Car dans un an, dans deux ans, la reprise sera là.» Le directeur du CFA, Philippe Pichon, remarque que les effectifs d’apprentis sont légèrement en progression, «de 4%, avec des flux d’entrée pour les jeunes post-collège qui sont même en hausse de 11%.Nous devons tout faire pour éviter un « trou générationnel » en terme de formation.»

Destruction d’emplois
Le secteur du bâtiment recense actuellement environ 63.000 salariés en Bretagne. Après la destruction de 3.000 emplois en 2009-2010, 2011 s’annonce comme une année de stabilité. «Mais on attend de l’État et des collectivités qu’elles ne baissent pas les bras, les entreprises ont besoin de travail», poursuit Jean-Yves Toupin. Ont-elles besoin d’apprentis? Cela semble être le cas chez les artisans, adeptes du compagnonnage et de la transmission générationnelle du savoir-faire. «90 à 95% des apprentis sont dans des entreprises artisanales», déclare Olivier Le Couviour, président de la Chambre de métiers du Morbihan, artisan du bâtiment estampillé Capeb (Confédération de l’artisanat et des petites entreprises du bâtiment). «Très peu vont dans les grandes entreprises.» Un adage de moins en moins vrai pour Jean-Yves Toupin, lui-même issu des rangs de la Fédération française du bâtiment (FFB): «Il y a de plus en plus d’apprentis dans les grandes entreprises. Dans la mienne, qui employait 25 salariés lorsque je l’ai transmise à deux de mes fils, nous avons en permanence trois apprentis. Cela nous place au-dessus de la moyenne, qui doit être d’environ 10% d’apprentis par entreprise.»

«Effectif à renouveler»
D’après les chiffres 2011 de la Chambre de métiers et de l’artisanat de Bretagne, 45,3% des entreprises artisanales bretonnes comptent un à deux salariés. Une configuration peu propice à un apprentissage de qualité. Mais 29% des structures comptent trois à cinq personnes et près de 16% six à dix salariés. Dans ce cas, la prise en charge d’un jeune en apprentissage paraît tout de suite plus acceptable. Jean-Yves Toupin martèle donc son message: «Quand un contrat d’apprentissage se termine, les entreprises doivent en lancer un autre, il y a un effectif à renouveler régulièrement. Vu la technicité grandissante de nos métiers, on ne peut plus accepter des jeunes qui n’ont aucune formation.» En tant que principal financeur, la Région Bretagne reste l’arbitre suprême. Elle augmentera ses dotations en fonction des sections d’élèves complètes et non du nombre d’apprentis. Des versements qui vont de 20.000 à 25.000euros par série d’élèves en CAP, une section comptant entre 8 et 14 jeunes. Néanmoins, avec la taxe d’apprentissage, qui pèse pour environ 16% de son budget et le 3CA BTP, «le monde de l’entreprise», comme dit Jean-Yves Toupin, reste le premier soutien financier du CFA BTP de Vannes. Mais cette performance pourrait encore être améliorée. Beaucoup d’entreprises basées dans le Morbihan ignorent en effet qu’elles peuvent choisir, à hauteur de 60% de ce qu’elles doivent acquitter, le centre de formation destinataire de leur taxe d’apprentissage. Un pourcentage sur la puissance de travail des Bretons qui a encore trop tendance à aller abonder les comptes de la CCI de Paris.

Le CFA, un modèle adapté à la conjoncture économique ?

 Formation des apprentis.  Le bâtiment a-t-il vu trop grand ?Stéphane Le Teuff Vice-président FFB du Morbihan, administrateur du CFA BTP, entreprise Le Teuff électricité à Lorient OUI. «C’est la meilleure formule. L’apprentissage est une option importante. On voit bien que les mesures du gouvernement vont dans ce sens. Quand les jeunes sortent de cette formation, ils sont sûrs à 80% d’être embauchés, contrairement à la voie traditionnelle. Ils deviennent des salariés, avec des droits et des devoirs. Depuis deux ans, les entreprises doivent mettre en place en leur sein des Maîtres d’apprentissage confirmés, qui permettent de faire des points réguliers avec l’apprenti et de le recadrer lorsque c’est nécessaire. Ce CFA rénové est une très bonne chose pour tout le monde, il va permettre un hébergement moderne: fini les chambrées de huit. Nous avons fait quelque chose de remarquable pour rassurer des familles parfois basées loin de Vannes, à Plouay ou Bubry. Le CFA est d’ailleurs ouvert à toute la Bretagne. Avec un outillage performant, parfois supérieur à ce qu’on trouve dans nos entreprises et qui permet une ouverture sur la formation continue.»Joël Le Natur Directeur lycée professionnel Saint-Joseph Vannes NON. «Le CFA suppose un enseignement théorique mais aussi et surtout en entreprise. Or, quand j’observe le fonctionnement actuel des entreprises, je ne suis malheureusement pas certain que les salariés aient forcément le temps de s’occuper de former un jeune. De plus, un élève de 15 ans n’a pas de nos jours obligatoirement la même maturité que par le passé. Aujourd’hui, si elle veut survivre, une société privée doit avant tout penser en termes de rentabilité, d’efficacité et de baisse des coûts. On voit venir certains élèves chez nous car ils ne supportent pas la manière dont ils sont traités sur le lieu de travail, qui ont du mal à se faire à la pression et aux exigences de rentabilité qui règnent dans le monde économique. Et puis, nous aussi, à notre manière, nous faisons de l’alternance. Pour un bac pro en trois ans, nous prévoyons 22 semaines de stages, ce qui représente sept à huit semaines par an à l’extérieur du lycée, au contact de la réalité du terrain.» POUR / CONTRE

«Des dérogations toujours possibles»

 Formation des apprentis.  Le bâtiment a-t-il vu trop grand ?
La Région veut investir 132millions d’euros pour valoriser l’apprentissage. Quel est le dispositif?
Cette somme inclut les dépenses de fonctionnement
ainsi que les aides individuelles en direction du logement, de la restauration, du transport, les employeurs. Nous soutenons ceux qui prennent des filles dans des filières d’ordinaire très masculines, et inversement. Ainsi que les CFA qui favorisent la visite de formateurs dans les entreprises. Ce budget peut augmenter lorsqu’on doit inclure des dépenses d’investissement exceptionnelles telles que celle du campus des métiers avec la CCI de Brest, un projet de 42millions d’euros dont près de 14millions d’euros pour la Région. Ou les mises aux normes de Quimper et Ploufragan.
Quelle part représente le soutien à l’apprentissage dans le budget de la Région?
11%. Quand les lycées pèsent entre 20 et 25%, tout comme la formation continue.

Pourquoi avoir modifié les règles de dotations pour les sections d’élèves?
Cela fonctionne depuis longtemps ainsi.
Pour mieux gérer les besoins pédagogiques, mieux vaut raisonner par groupes. Mais s’il manque quatre ou cinq apprentis pour boucler une section, nous pouvons accorder un financement dérogatoire.

Nicolas Mollé – JDE | Édition Morbihan 56 | 3 février 2012
http://www.lejournaldesentreprises.com/editions/56/actualite/fait-du-mois/formation-des-apprentis-le-batiment-a-t-il-vu-trop-grand-03-02-2012-143768.php

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