La formation, l’autre handicap


LE MONDE ECONOMIE | 15.11.10 | 18h53  •  Mis à jour le 16.11.10 | 12h19

Sous la pression de la loi Handicap de 2005, les entreprises font davantage d’efforts pour engager des personnes handicapées. Selon une étude du ministère du travail publiée en octobre, 58 % des entreprises concernées par l’obligation légale de compter 6 % de salariés handicapés en employaient au moins un en 2008, contre 53 % en 2006. « Mais les employeurs peinent de plus en plus à remplir leurs objectifs, observe Johann Lasternas, responsable de la mission handicap chez Manpower. Les handicapés les plus compétents ont été recrutés, il reste ceux qui sont moins diplômés, plus âgés et plus éloignés de l’emploi. »

Pascal Michel, délégué général de l’Union nationale pour l’insertion du travailleur handicapé, reconnaît la réalité de l’argument pour les personnes handicapées pouvant bénéficier de l’obligation d’emploi : « Sur 1,8 million de personnes, 83 % ont un niveau inférieur au bac. Et la moitié d’entre elles ont plus de 50 ans. » Une difficulté de taille sur le marché du travail, qui explique le fort taux de chômage des personnes handicapées : 20 %, soit le double de la moyenne nationale. La durée moyenne de chômage est aussi doublée.

Ce défaut de qualification ne tient pas seulement aux problèmes d’accès à la formation initiale, même si ceux-ci sont importants – les jeunes handicapés représentaient 0,5 % des étudiants du supérieur en 2009. En effet, 85 % des personnes handicapées le deviennent après l’âge de 16 ans, et 19 % sont victimes d’accidents du travail et de maladies professionnelles. « De nombreuses personnes en situation de handicap travaillaient dans l’industrie ou le bâtiment, relate Pierre Blanc, directeur général de l’Association de gestion du fonds pour l’insertion professionnelle des personnes handicapées (Agefiph). Cela explique le faible niveau de qualification, l’âge mais aussi la proportion plus importante d’hommes, 55 %, parmi elles. La reconversion s’avère d’autant plus délicate que le chemin pour combler le déficit de formation est long. »

« PARCOURS DU COMBATTANT »

Or, constatent les associations, le système de formation professionnelle continue est peu adapté. « Pour trouver un dispositif, c’est un vrai parcours du combattant, témoigne Jean-Louis Vigneau, trésorier de l’Association pour adultes et jeunes handicapés. Comment s’y retrouver dans cette constellation d’intervenants – régions, Association pour la formation professionnelle des adultes (AFPA), organismes collecteurs (OPCA), sans compter l’Agefiph, qui propose son propre catalogue ? Cette dispersion des moyens nuit à la construction de parcours de formation cohérents et longs, nécessaires à une reconversion. »

De plus, pour les handicapés âgés sans qualification, se retrouver sur les bancs de l’école ne va pas de soi : « Il y a une étape préalable de remise à niveau générale et de remobilisation pour se préparer à l’acquisition des contenus d’une formation diplômante », juge Eric Blanchet, directeur général de l’Association pour l’insertion sociale et professionnelle des personnes handicapées (Adapt).

La loi de 2005 a réaffirmé l’égalité de traitement dans l’accès à l’enseignement et à la formation professionnelle, mais cette dernière prend peu en compte les spécificités du handicap : « Dans 90 % des cas, les travailleurs handicapés peuvent suivre ces cursus moyennant quelques aménagements, observe Sophie Beydon-Crabette, responsable de la mission emploi à l’association des accidentés de la vie. Mais les formations à temps partiel n’existent pratiquement pas aujourd’hui. »

Malgré tout, en 2009, près de 95 000 demandeurs d’emploi handicapés ont suivi une formation – 31 000 dans la filière classique, 14 000 dans les centres de rééducation professionnelle, 50 000 avec l’Agefiph – soit 37 % de cette population, contre 19 % en 2005.

Mais une enquête TNS-Sofres pour l’Agefiph, l’Adapt et le Fonds pour l’insertion des personnes handicapées dans la fonction publique, qui coordonnent la 14e Semaine pour l’emploi des handicapés (du lundi 15 au 21 novembre), montre que seul un gros tiers d’un échantillon de handicapés ayant suivi une formation a décroché un emploi un an après, dont un quart en contrat à durée indéterminée. Selon l’AFPA, qui a formé environ 13 000 handicapés en 2009, le taux d’emploi, six mois après la sortie du stage, s’élève à 42 %, contre 57 % pour l’ensemble des stagiaires. Au bout du compte, les inégalités persistent.

Nathalie Quéruel

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