«Il était un service public qui brutalise ses salariés… Ohé, ohé Pôle emploi»


Économie 09/11/2010 à 17h02 – Par MARIE PIQUEMAL

La pluie qui tombe à Paris depuis quatre jours est un bon test de mobilisation… Remporté avec brio aujourd’hui par les salariés de Pôle Emploi, descendus en masse avec leurs k-way et parapluies. Ils étaient entre 1500 et 3000, excédés par leurs conditions de travail et la dégradation du service rendu aux usagers.

«Ah non mais le coup des 1800 nouvelles suppressions d’emploi annoncées il y a trois jours, c’est de la provoc pure et simple», s’étrangle presque Franck, 18 ans de métier, brassard FSU. Agent au Pôle emploi de Caen, il rappelle que la manif d’aujourd’hui était prévue bien avant l’annonce de nouvelles suppressions de poste. «C’est une calamité, la situation est vraiment devenue catastrophique.»

Comme les autres, il voit la pile de dossiers sur son bureau s’allonger toujours plus, avec à la clef des délais de réponse aux usagers qui s’allongent. «Trois semaines d’attente en moyenne à Caen pour informer seulement un nouveau chômeur de ses droits et du montant de l’indemnisation.» Alors bien sûr, enchaîne-t-il, «faut pas s’étonner de la montée de l’agressivité, entre agents et de la part des usagers. L’autre jour, une collègue a évité de peu un coup de poing en pleine face.»

Sono syndicale à plein tube, on réchauffe le moral des troupes à coup de «Y en a assez, assez de ce Pôle emploi, de ses missions bradées, qui jette ses cdd, maltraite ses salariés, maltraite ses usagers». «Nous on veut des moyens pour bosser.» Un camion syndical plus loin, c’est : «Il était un service public (bis)/ Qui brutalise ses salariés/ Ohé ohé ! Ohé ohé Pôle emploi !»

Quatre épaisseurs de pulls, une grande cape anti-pluie, deux pancartes à la main, Alex est venue de Toulouse, «équipée». Sept heures de train dans les jambes, la voilà criant à tue-tête contre «cette machine à radiation» qu’est devenu le Pôle emploi, «cette pompe à fric qui broie le personnel et les usagers». Dans son agence, elle constate tous les jours la dégradation du service rendu depuis la fusion ANPE-Assedic fin 2008. «Je me retrouve avec 210 demandeurs d’emploi à charge que je suis censée recevoir une fois par mois. C’est impossible, rien que de répondre à toutes les demandes par téléphone, on ne s’en sort pas.»

«Les dossiers un peu complexes ne sont plus traités»

Elle parle aussi de ce sentiment «de ne servir à rien», mesurable à la hausse des arrêts maladies. Depuis la fusion, les ex-conseillers ANPE, chargés d’aider les chômeurs à retrouver un emploi, doivent aussi faire le métier des ex-Assedic, consistant à calculer l’indemnisation et des modalités de versement. Et inversement. «Sauf que les uns comme les autres, on a eu que trois petits jours de formation pour apprendre nos métiers respectifs. Ça ne suffit pas du tout. Soyons honnête: si un demandeur d’emploi vient me voir pour savoir s’il a des droits, je ne sais pas lui répondre.»

Ce manque de formation, beaucoup s’en plaignent. Sous un parapluie géant, un conseiller de Pantin, ex-Assedic (donc en, charge du calcul des indemnités) s’en désole: «Les compétences techniques se transmettent difficilement. Au final, les dossiers un peu complexes ne sont plus traités.»

Entre les gouttes, on tombe sur deux psychologues du travail, qui ont atterri à Pôle emploi en avril. Au total, ils sont quelque 900 psychologues et assistants de l’Afpa (Association nationale pour la formation professionnelle des adultes) à avoir été dépêchés dans les agences. Leur mission: recevoir les chômeurs désireux de s’orienter vers une éventuelle formation professionnelle. Bonne idée sur le principe, mais en pratique… Conditions de travail déplorables dans des box : «Zéro intimité alors qu’on évoque parfois des problèmes personnels, de santé par exemple.» «Et aussi fou que cela puisse paraître, nous n’avons aucune base de données recensant les formations existantes. On est comme des médecins devant leurs patients: on fait le diagnostic sauf qu’on ne dispose pas des médicaments pour les soigner…»

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