Entreprises et salariés peinent encore à s’approprier le DIF


Six ans après sa mise en place, le droit individuel à la formation est encore trop souvent perçu comme une contrainte, plutôt qu’une opportunité.

En moyenne, 7 % des salariés du privé ont utilisé leur droit individuel à la formation (DIF) au cours de l’année 2009. Ce chiffre étonnamment bas est assez peu représentatif, selon Jean-Pierre Willems, consultant en RH au sein du cabinet de conseil et de formation Demos : « Dans certaines entreprises, c’est de l’ordre de 70 % et, dans d’autres, ce taux est proche de zéro. La situation est très contrastée. » Une chose est sûre, ce dispositif, perçu à l’origine comme une opportunité pour les salariés d’être acteurs de leur carrière, donne aujourd’hui l’image d’un pétard mouillé. Car il reste globalement peu appliqué. Six ans après sa mise en place, les salariés le connaissent encore peu. Quant aux entreprises, elles n’en ont pas forcément fait la promotion, excepté dans certains secteurs comme les équipementiers automobiles, qui ont récemment usé du DIF durant les périodes de chômage technique.

Selon une étude réalisée par Demos entre octobre 2009 et mars 2010 auprès de 300 sociétés, 74 % d’entre elles avouent que le DIF représente moins de 20 % de leur budget formation et 54 % que sa mise en place n’a eu aucun effet sur ce budget. « Sous prétexte que la demande doit venir du salarié, beaucoup ne l’organisent pas », observe Jean-Pierre Willems. Quand elles n’adoptent pas une attitude réfractaire. « Certaines imposent d’envoyer une demande en recommandé, avec trois devis d’organismes de formation différents. C’est plutôt dissuasif », ajoute-t-il.

Résultat, bon nombre d’entreprises se retrouvent avec des « compteurs pleins » dont elles ne savent que faire : faute d’avoir utilisé régulièrement leur droit à la formation (20 heures par an), les salariés comptabilisent aujourd’hui le maximum, soit 120 heures.

Les caisses sont vides

Il faut dire que les freins s

ont réels. Le principal est bien sûr financier. Si les Opca sont censés financer une partie des formations, dans les faits, les aides se font de plus en plus rares. Car les caisses sont vides. « Avant, nous percevions de 50 à 60 % du montant des formations. Aujourd’hui, c’est plafonné à 30 % », confirme Cédric Clouard, chef de projet RH chez Guy Degrenne.

Même constat chez Areva. Le groupe industriel, qui accorde chaque année 3.000 DIF (pour 40.000 salariés en France), investit plus de 5 millions d’euros par an (sur 77 millions consacrés à la formation). Une somme qu’il supporte en grande partie seul, reconnaît le responsable formation, Christophe Guillery.

Les managers peuvent eux aussi être un frein au déploiement du DIF. Et pour cause : voir partir en formation un ou plusieurs salariés une vingtaine d’heures par an, cela rime avec perte de productivité et donc de rentabilité. Et le casse-tête risque de s’amplifier suite à la mise en oeuvre, fin 2009, de la portabilité du DIF : un salarié qui change d’entreprise peut utiliser son droit individuel à la formation pendant deux ans. Certes, c’est son ancienne société qui le finance, mais c’est à la nouvelle d’assumer son absence.

Guy Degrenne comme Areva font partie des entreprises qui ont mis en place une véritable politique de groupe autour du DIF. Toutes deux ont, par exemple, élaboré un catalogue de formations pour guider leurs salariés. Beaucoup en profitent aussi pour faire un bilan de compétences, bénéficier d’une VAE (validation des acquis de l’expérience) ou se former à un nouveau métier.

Thierry Vaudelin, responsable formation chez Manpower, conseille de communiquer régulièrement sur le DIF, via des réunions avec les managers ou en envoyant avec les bulletins de salaire des informations sur la procédure à suivre. C’est ce que font Areva et Guy Degrenne, mais cela ne les empêche pas d’être confrontés à un problème assez symptomatique : ce sont surtout leurs cadres qui ont recours au DIF. Les techniciens et les ouvriers beaucoup moins. Pour rompre avec cette fatalité, les entreprises commencent à intégrer des formations techniques dans leur catalogue.

CAROLINE MONTAIGNE – 07/07/10  Les Echos
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